Arturo Abad

  • Zimbo

    ,

    • Oqo
    • 14 Novembre 2012

    Il y a des liens qu'il faut rompre pour que d'autres, noués par l'affection, ne se rompent jamais. Cette histoire explore la douleur causée par le départ des personnes qu'on aime.
    Partir et laisser partir ne veut pas dire cesser d'aimer.
    L'auteur offre une vision égalitaire d'une situation qui touche doublement : la tristesse que provoque l'aliénation de Zimbo et la peine que ressent le marionnettiste à cause de son départ. Il réussit à nous faire partager aussi bien le chagrin de ce dernier que les souhaits et le courage de Zimbo de mener une vie qui le comble. Les créatures en bois du marionnettiste sont comme ses propres fils.
    Il aimerait qu'elles restent toujours avec lui au risque de les surprotéger ou de les rendre malheureuses. Capable pourtant de se mettre à la place des autres, il favorise leurs désirs comme le font les personnes qui aiment les siens.
    Sa générosité fait qu'il accepte l'indépendance de Zimbo et se prête à collaborer.
    « Si j'étais une marionnette, je me couperais les fils », s'inspirant de cette phrase, l'auteur aboutit à la métaphore de la souffrance du père qui accepte et participe au processus d'indépendance de ses enfants.
    La tendresse du texte est renforcée par la délicatesse des personnages de Joanna Concejo. Des illustrations poétiques, évocatrices accompagnent la prose lyrique.
    L'illustratrice dessine au crayon, une préférence qu'elle attribue au fait que malgré l'impression de pauvreté, le résultat est plus fort et les images ont une plus grande intensité dramatique. Une technique simple, naturelle, qu'elle aime bien. Elle réserve la couleur pour les moments heureux du livre, quand Zimbo se sent libre, se produit alors « l'éclosion de couleurs », moment culminant du récit.
    Après, quelques touches de couleur souligneront encore la présence du héros : « ses idées demeurent pour donner de l'espoir à ceux qui restent », et à ceux qui liront ce conte.

  • L'atelier de coeurs

    ,

    • Oqo
    • 19 Octobre 2011

    Quand la nuit arrive et que le silence de ceux qui rêvent inonde la ville, de l'atelier de coeurs surgissent des sons mystérieux, car... Mathias a un secret.
    L'atelier de coeurs parle d'un artisanat merveilleux. Il ne s'agit pas de réparer les chaussures ou les meubles, ni de rafistoler les pantalons décousus. Mathias, le héros, répare avec soin les coeurs brisés.
    Son travail ne ressemble pas à celui d'un cardiologue et son atelier n'a aucune similitude avec une salle d'opération. Dans son poêle, il réchauffe les coeurs gelés. Avec des aiguilles d'argent, il coud les coeurs brisés et, avec des pinces d'oubli, il règle l'heure des coeurs qui retardent pour qu'ils ne soient pas tristes à cause des souvenirs du passé.
    Le temps qui passe adoucit les « maux de coeur ». Ici l'auteur nous fait rêver avec la possibilité de guérir les dégâts émotionnels utilisant un remède simple, comme on le ferait avec un ourlet décousu ou un talon cassé.
    Mais, il n'y a pas de froideur dans le travail du héros ni dans la naration, tendre, de l'auteur conscient du symbolisme affectif attribué universellement à cet organe. Impossible de ne pas être touché par le secret de Mathias qui dévoile une générosité sans limites et la capacité de sacrifice de celui qui aime pour de vrai.
    Cet atelier et son occupant existent grâce aux images de Gabriel Pacheco.
    L'illustrateur joue avec deux couleurs indissociables du coeur :
    Le rouge du sang qui est pompé à travers nos veines bleues.
    « On dit que notre coeur est gros comme un poing. Si c'est vrai, que celui des amoureux soit comme une main ouverte d'où s'envole la vie », dit Pacheco. Ses personnages sont délicats et éthérés.
    Un collage de tissus fleuris qui grimpent aux arbres renforcent l'idée de printemps dans le « jeu incessant tissé par le fil du temps ».
    Le fil est une image récurrente, complémentaire au texte d'Arturo Abad et conductrice de la narration visuelle. L'illustrateur dit que « nos coeurs se tissent avec le fil qui féconde, qui se met en pelote, qui est une chrysalide en fleur : cette promesse qu'est la vie même ».
    Les boîtes de conserve sont aussi présentes de façon symbolique : « rien n'est perdu, nous pouvons toujours commencer des choses nouvelles : c'est comme une conserve qui roulerait et se perdrait dans le temps jusqu'à ce que le printemps renaisse comme une fleur dans son pot ». Ainsi naît l'amour ou ainsi le voient et le racontent Gabriel Pacheco et Arturo Abad.

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