Blast

  • Le souffle

    Dimay Lou

    Mon activité professionnelle se répand dans tous les espaces, empiète sur mon sommeil. La masse de travail assomme, le quotidien en acceléré. La fatigue m'entame et engourdit mon indignation et ma vigilance.

    C'est à Guède, dans les replis de l'indigo et du pastel, qu'Irène perd le souffle. Dans l'entreprise qui l'embauche, la verticalité l'assomme. À mesure qu'elle incorpore les directives qu'elle reçoit et dont elle est relai, elle assiste à son propre effacement. Quelque chose dysfonctionne au bureau : la hiérarchie, les objectifs de la boîte, les rapports de pouvoir entre services et personnes, le sexisme décomplexé. Le climat propice à l'emprise exacerbe l'absurdité et la violence du travail. Les bureaux, comme les cuves où macèrent les couleurs, deviennent un étau. C'est à Guède qu'Irène étouffe et lutte pour retrouver sa voix face au contrôle, mais cela aurait pu être partout ailleurs.

  • Outrages

    Tal Piterbraut

    Une femme, infirmière en psychiatrie, est sur le chemin menant au quartier de son enfance et à une famille qu'elle n'a pas vue depuis des années. Au mouvement lent de la marche s'entrelace un trajet mental chargé du quotidien passé et présent, de sensations du corps en éveil et d'errances fébriles.

    Dans ce qui la fait avancer, il y a l'autre espace de sa vie, celui de la lesbianité qu'elle pense et raconte. Pas de confrontation, de retrouvailles ou de retour, mais un roman de passage et d'insoumission où le coming-out n'est ni l'enjeu ni le dénouement. S'y mêlent alors l'histoire familiale, la violence de l'inceste et la mémoire juive. Et contre la honte et le silence se dresse l'outrage.

  • Le souvenir d'une amitié absolue et pourtant étiolée de l'enfance, le retour pour arpenter et confronter le territoire familial, l'apprentissage et l'éveil d'un corps ralenti, au dos longtemps objet médical. Trois temps racontent les recoins du placard, celui dans lequel on enferme les trans, les queers, les anormales. Ils sont écrits par la haine, la violence, la pauvreté, la prison, l'hégémonie, mais à cela y répondent l'impitoyable poésie du corps, le lien organique et sensible au sol, la mémoire locale et rurale, la tendresse et la force du devenir, le rire et la rage de se tenir debout.
    Car Luz Volckmann le rappelle : "le placard nous réduit. Or, j'ai l'orgueil du peuple des géants".

  • Des femmes et des hommes résistent à un pouvoir central autoritaire et prennent la rue, la prison ou le maquis : face à un État criminel et répressif, la lutte armée est devenue une nécessité. De ce roman d'anticipation autant que de révoltes émergent des voix apatrides qui font écho aux insurrections kabyles récentes. Polyphonie à l'écriture acérée, aussi brutale que lyrique, La Morsure du coquelicot éveille une promptitude à la désobéissance et au refus avec une poésie sans concession sur la violence des révolutions. Cinquième roman de Sarah Haidar, ce livre est à l'image de l'engagement de l'écrivaine algérienne : roman d'utopie et combat littéraire, social et politique.

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