Hoebeke

  • S'immerger dans le poème du monde fut l'obsession de Roger Deakin: entrer dans une forêt, nous explique-t-il d'emblée, « c'est rejoindre un monde différent qui nous transforme en profondeur [...] un monde où l'on peut se retrouver - souvent, paradoxalement, en se perdant ».Terminé quatre mois avant la mort de l'auteur, cet ouvrage nous invite à une immersion totale dans l'élément bois, avec la conviction que « les ennemis des arbres sont les ennemis de l'humanité » Un voyage enlevé, intensément poétique, qui nous conduira depuis les forêts du Suffolk à travers les bois de saules de l'Essex, les châtaigneraies de l'Hérault, le bush australien, les vergers du Kazakhstan et jusqu'en Chine, dans une quête de ce qui, dans toutes les cultures nous lie si profondément aux arbres.Tronc creux habité, merisiers explosifs, fricassée de racines de kurrajong, odyssée d'une sandale de moine japonais, délices de feuilles d'orme et d'aubépine, arbres sculptés dansants...préparez-vous à être surpris par ce récit foisonnant, naviguant entre carnet de voyage, précis d'histoire naturelle, autobiographie et conte.

  • Paolo Rumiz n'en est pas à son premier voyage, lui qui a longé les 7 000 kilomètres des frontières de l'Europe, de l'Arctique à la mer Noire, traversé les Balkans, franchi les montagnes à la recherche d'Hannibal, descendu le cours du Pô... Et pourtant il s'apprête en ce printemps 2014 à vivre le plus étonnant d'entre eux. Son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un rocher au milieu de la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Et soudain le sentiment d'être libéré, sans agenda, sans horaires, sans aucune connexion avec le monde, enfin loin de tout mais curieusement peut-être aussi au centre de tout. Un nouvel univers où plus rien ne ressemble à rien, où même les étoiles ne semblent pas être à leur place. Se consacrant à l'exploration de son minuscule environnement, un kilomètre de long sur deux cents mètres de large, il nous raconte la nature, le cri des oiseaux, le silence des poissons, nous décrit le bâtiment où il loge, la lanterne du phare. Il nous parle tempêtes, orages, vents et nous fait partager le quotidien des gardiens, ceux d'aujourd'hui mais aussi ceux de jadis. C'est avec une indéniable volupté que ceux qui rêvent d'île déserte et de vie d'ermite se laisseront entraîner dans ce voyage immobile tout en délicatesse, empathie et érudition.

  • Après avoir exploré les déserts et les sommets de plus de cinquante pays, voyageant au gré de sa fantaisie et de ses rencontres, Neil Ansell, pris d'une urgence soudaine, rentre à Londres, se réfugie dans un squat, avant d'accepter un poste de gardien au fi n fond de la campagne galloise, où il vit reclus. Une expérience d'extrême solitude, qui le transformera : débarrassé du brouhaha, il lui semble enfin se retrouver.
    Ermite¹? Pas vraiment. Seulement le temps de réapprendre le monde. Voilà qu'il entreprend des randonnées, toujours en solitaire, sans jamais avoir de carte, jusqu'aux confins de l'Écosse - pour découvrir, au fil des routes, qu'il est en train de perdre l'ouïe -, une expérience qui s'avérera bouleversante et source d'une ouverture autre.
    Car s'il peut de moins en moins entendre, Ansell semble de mieux en mieux voir, et nous fait ainsi ouvrir les yeux, autrement.
    Un chant d'amour émerveillé à l'Écosse des Highlands, raconté avec un lyrisme intense, tenu de bout en bout. Une élégie en l'honneur d'un paradis déjà presque perdu, que la littérature continuera à nous faire entendre.

  • En 2018, Tristan Ranx progresse en pirogue sur la rivière Cuyuni, celle empruntée par les orpailleurs des Guyanes, et s'arrête aux portes de l'immense mine sécurisée Aurora. Quatre cents ans plus tôt, en 1618, le poète sir Walter Raleigh était exécuté à la t our de Londres, après ses tentatives de conquête de l'Eldorado...
    Des expéditions du fascinant explorateur de la Renaissance à la tragique disparition du jeune Raymond Maufrais, au XXe siècle, Tristan Ranx nous guide dans une jungle oppressante sur les traces de Manoa, la mythique cité d'or, gardée par les mystérieux « hommes sans tête ». Il nous entraîne aussi avec lui de Venise à Londres, de l'Espagne à la Roumanie, à la recherche des cartes perdues et des archives secrètes, dans cette Europe qui rêva et rêve peut-être encore de l'Eldorado.

  • « Une vraie frontière, avec des barreaux, des barbelés, la police qui fouille tes bagages et contrôle tes papiers avec suspicion: à l'heure où les frontières tombent, où les rideaux de fer se désagrègent et où le "global" atténue le sens de l'ailleurs, j'ai cherché la limite de l'Europe, les confins de l'Union dans la terre des fleuves, des forêts et des lacs, où nombre de peuples ont été balayés et où affleurent encore les ruines des grands empires. J'ai fait un voyage "vertical" de l'Arctique à la Méditerranée, des pâles terres du Nord aux contrées brûlantes du Minotaure. Un voyage dans l autre Europe. Un voyage en sac à dos et transports en commun - des cars aux fabuleux trains russes. Un voyage avec et parmi les petites gens, le long d'une route qui s'est tracée d'elle-même de rencontre en rencontre ».L esprit, l âme d un pays, a fortiori d un ensemble de pays se choisissant un destin commun ne se donnent jamais mieux à lire que dans les marges, sur les frontières par ce à quoi ils s opposent, ou ce dont ils se distinguent. Fort de cette conviction, Paolo Rumiz a entrepris en 2008 un voyage de 7 000 kilomètres, de l Océan Arctique à la mer Noire par tous les moyens populaires de déplacement, passant d un bord à l autre, depuis Rovaniemi, en Laponie finlandaise jusqu à Odessa.Il traverse des postes de douanes, des grillages, des barrières avec des miradors et des projecteurs, il vit des confiscations de marchandises, des attentes interminables, des arrestations, des rackets, des règlements de compte entre mafieux, des contrôles de visas, mais aussi la générosité des simples gens. D Odessa, il prend un improbable ferry pour Constantinople, où il débarque dit-il, non sans mélancolie, avec « comme des barbelés à l intérieur de moi-même ».Un livre saisissant, lucide et généreux, mêlant le cocasse et le tragique, d une superbe écriture, hantée par la mélancolie d une Europe dévastée par trop de guerres. On pense à Magris pour son art de distiller à travers gens et paysages, mais toujours en situation, la mémoire des lieux, à Patrick Leigh Fermor aussi, de ce chef d uvre qu est Le temps des offrandes, qui juste avant la 2ème guerre mondiale, tandis que montait le nazisme, entreprit un voyage à travers l Europe qui le conduisit, lui aussi, à Constantinople.

  • Découvrez L'ombre d'Hannibal, le livre de Paolo Rumiz. Que savons-nous d'Hannibal ? Quelques bribes de souvenirs scolaires, l'homme qui, un temps, mit Rome à genoux, l'image formidable d'éléphants traversant les Alpes enneigées. Presque rien ? assez pour que Paolo Rumiz entreprenne d'en savoir un peu plus, moins dans les bibliothèques qu'en refaisant son périple. Et sous ses pas s'éveille de nouveau la légende, reprend corps, au fil des rencontres, le grand rêve d'Hannibal et de Carthage, ce peuple de Phéniciens africanisés, marins et commerçants imprégnés de culture grecque: une Méditerranée des deux rives, unissant les hommes et les cultures... Car enfin, quelle épopée ! Plus de vingt mille kilomètres parcourus depuis l'Afrique par l'Espagne, la France jusqu'à l'Italie, quinze années de combat contre Rome avant l'échec, puis vingt années encore d'une aventure qui le portera jusqu'au Liban, en Syrie, en Crète et, au-delà, en Arménie et en Turquie, pourchassé par les Romains qui ne lui pardonnaient pas d'avoir tremblé et s'acharnèrent à effacer toute trace de lui.
    Ils ne se doutaient pas que l'épouvantail allait devenir un héros, puis une légende? Pour penser comme pour voir, trop de proximité nuit. Le moins que l'on puisse dire est que Paolo Rumiz, pour donner sens et profondeur à notre présent, aura choisi le plus long et le plus passionnant des détours. Car c'est bien sûr de notre présent que parle, page après page, ce superbe et tellement humain récit de voyage, en un temps où se réveillent les peurs, les craintes d'une "invasion" du Sud. Le rêve d'Hannibal ? Toujours d'actualité.

  • La Sibérie : un immense « nulle part », grand comme les États-Unis et à peu près inconnu, peuplé de fantômes, sillonné par les errances fiévreuses de popes illuminés, de shamans égarés, de ce qui reste encore de tribus nomades, terre d'exil des bannis de la civilisation, prison-continent, poubelle du communisme - et terre d'utopie malgré tout, rêve encore de page blanche où tout peut recommencer. Une énigme. S'y aventurer, y vivre, impose d'explorer en soi des territoires inconnus, où tous les chemins, tous les repères se perdent. Lorsqu'il entreprend ce voyage de six mois à la fin des années 1990, nulle question pour Colin Thubron de faire du tourisme, mais bien de se laisser envahir en une lente imprégnation par cette immensité dévastée, son silence, ses improbables laissés-pour-compte, abandonnés entre usines en ruines et déchets nucléaires, s'efforçant de vivre, malgré tout. Ici un descendant de Raspoutine, là des savants oubliés de tous qui s'obstinent à mesurer la « signature magnétique » de leurs patients, plus loin, un archéologue persuadé d'avoir trouvé les origines de l'humanité, d'hypothétiques shamans sans plus de mémoire, un agent du KGB devenu prêcheur baptiste - jusqu'à cette femme déportée en 1938 dans le goulag de Vorkuta et restée là depuis, qui ne parvient toujours pas à condamner le communisme : en ce temps-là au moins, soupire-t-elle, en se détachant à grand-peine de son feuilleton mexicain, on croyait en quelque chose... Car comment vivre sans croire ? Immense écrivain, sans conteste le plus grand travel writer vivant, de la dimension d'un Nicolas Bouvier pour l'acuité du regard, cet art de tisser en quelques mots l'esprit d'une scène, dès lors inoubliable, et d'un Claudio Magris pour sa manière de saisir entre passé et présent l'âme même d'un lieu, Colin Thubron digne ici un chef-d'oeuvre.

  • C'est à Terre-Neuve que tout commence pour Farley Mowat : la goélette de ses rêves, là, devant lui, solide, construite à l'ancienne, le vrai bateau de pêche de 9,50 m, la folie rêvée pour tous les fous de vieux gréements ! Un roman de mer ? Oui, mais avec la plus capricieuse, la plus infidèle, la plus vacharde des maîtresses. Flirts, entreprises de séduction, menaces, scènes de ménage, idylles brusquement interrompues... rien n'y manque, pour son malheur. Et pour notre plus grand bonheur de lecteur ! Car Fleur de passion a du tempérament à revendre. D'accord, elle est dans un état lamentable. Premières expériences des rudes charpentiers de Terre-Neuve. Mise à flot. Enfin ! Oui... sauf que Fleur de passion marque une volonté obstinée à reculer quand on veut la faire avancer. Sans parler d'une obstination curieuse... à couler, aux pires moments. Le cas va bientôt passionner tous les spécialistes. Refaite à neuf, calfatée, bichonnée, il n'en reste pas moins qu'à un moment ou à un autre, elle recommence à faire de l'eau. Mais tous les malheurs ont une fin. Farley Mowat peut entreprendre une croisière en compagnie de son éditeur - qui se terminera très mal, on le devine. Le bateau qui ne voulait pas flotter : un classique de la mer, un chef-d'oeuvre d'humour et un grand roman d'amour.

  • Colin Thubron nous entraîne dans un extraordinaire voyage, celui de la Route de la Soie. Il part de Xian, au coeur de la Chine, où repose l'Empereur jaune, pour arriver à Antioche, au bord de la Méditerranée turque. Des deux itinéraires possibles qu'offre la Route de la Soie, il choisit le chemin le plus impraticable, celui qui longe le mortel désert du Taklamakan jusqu à Kashgar. Kirghizistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Iran, Turquie, nombreux sont les pays que Colin Thubron a sillonnés pendant huit mois. Pages après pages, tout devient palpable : la chaleur implacable, la poussière, la sauvagerie, la désolation du désert, les oasis luxuriantes d'Asie centrale, l'air pur des montagnes et le fourmillement des villes. L'audace et l'endurance de ce baroudeur animent chaque page de ce récit. Son regard aiguisé de routard s'ajoute à une plume vive rythmée par les nombreuses rencontres faites au cours de son long périple.

  • On a beaucoup écrit sur les fleuves, qui ignorent les frontières, brassent cultures et marchandises, créent des civilisations - mais on ignore le vent.
    Et pourtant ! Sans lui il n'y aurait sur Terre aucune vie, l'humidité stagnerait sur les océans, les terres seraient des déserts de feu ou gèleraient, il n'y aurait pas d'érosion et donc ni terre ni cultures. Et sans pollinisation, les arbres et la terre deviendraient stériles. Il est la vie, la semence, la force à l'oeuvre de la création...
    La fascination de Nick Hunt lui vient, dit-il, de l'enfance, lorsqu'avec sa mère il se trouva pris dans une grande tempête sur une côte du Pays de Galles. Elle ne l'a pas quitté depuis. Jusqu'à se lancer un jour à la poursuite du vent. Du vent, ou plus exactement des vents, car ils ont chacun leur personnalité, sculptant à leur manière les paysages et les hommes. Ce qui nous vaut un fabuleux récit d'aventure sur les traces de quatre grands vents qui ont fait l'Europe : l'Helm, la Bora, le Foehn, le Mistral, à travers la pluie, les blizzards, jusqu'à se retrouver emporté par ces mêmes forces. Car là où sont les vents sauvages, là sont aussi des mythes et des légendes, l'histoire et le ouï-dire, la science et la superstition - et parfois des cabanes de montagne remplies de cornichons, de charcuterie et d'alcool fait maison. Une formidable idée pour un livre magnifique.
    Salué comme un chef d'oeuvre par Robert Macfarlane la figure majeure du « nature writing » britannique, Là où vont les vents sauvages a été élu « livre de l'année » par le Spectator, le Financial Times et le Telegraph.

  • William Fiennes, encore étudiant, tombe soudainement gravement malade. Il fait plusieurs séjours à l'hôpital, entrecoupés de longues périodes de convalescence dans la maison familiale. La maladie le laisse désemparé. Il éprouve aussi un besoin désespéré d'échapper à cette difficile période. C'est alors qu'il retrouve dans la bibliothèque, un livre qu'il avait lu enfant : l'Oie des neiges. Ce livre sera pour lui comme une renaissance. Il sait que les oies des neiges passent chaque été dans l'Arctique canadien où elles ont leurs aires de reproduction. Il sait que chaque automne, elles migrent par millions vers le sud des Etats Unis, la Californie et le golfe du Mexique, et qu'au printemps suivant, elles refont le voyage dans l'autre sens. Pourquoi les oies entreprennent-elles de tels périples, longs de près de 5 000 kilomètres, dangereux et épuisants, dont beaucoup ne reviennent pas ? Quel signe mystérieux leur indique qu'il est temps de partir et dans quelle direction ? Comment retrouvent-elles année après année et génération après génération les lieux qu'elles ont quittés ? Quelle force enfin les pousse deux fois par an à quitter un lieu pour un autre. Une maison pour une autre ? Voilà le but qu'il se fixe : pouvoir répondre à toutes ces questions (et bien d'autres), dès qu'il sera remis. Et pour répondre aussi à son besoin de bouger, de s'envoler à son tour, il décide qu'il suivra la prochaine migration. Au final, une oeuvre remarquable sur la migration des oiseaux mais aussi sur la notion même de l'errance, sur la puissance d'attraction de ses propres racines, une vision poétique et philosophique portées par une prose parfaitement mesurée qui transporte le lecteur. Un écrivain talentueux dont la voix est réfléchie, douce-amère et finement observatrice. Son livre fourmille d'histoires et d'anecdotes, où les hommes sont aussi présents que les oiseaux. La joie d'être en vie, de bouger et - surtout - de rentrer chez soi est évoquée de façon poignante dans cet ouvrage intelligent et exubérant. Le livre a été salué outre Manche et outre Atlantique par une presse enthousiaste, comparé aux oeuvres de Thoreau, et de Bruce Chatwin. De grands écrivains se sont enthousiasmés comme Peter Carey ou encore Rick Bass.

  • Si le mot « flâneur » évoque immédiatement Baudelaire, les grands boulevards et la vie de bohème, - qu'en est-il de « flâneuse » ? Dans ce livre jubilatoire, ode piquante à la déambulation au féminin, Lauren Elkin la présente comme une femme « déterminée et pleine de ressources, profondément en phase avec le potentiel créatif de la ville et le pouvoir émancipateur d'une bonne balade ». Mais elle nous montre aussi que revendiquer d'occuper ainsi l'espace urbain reste pour les femmes un acte subversif.

    De New York à Paris, de Tokyo à Londres et Venise, Lauren Elkin croise en chemin les flâneuses qui y vécurent - de la réalisatrice Agnès Varda à la correspondante de guerre Martha Gellhorn, en passant par les romancières George Sand et Virginia Woolf. L'auteure s'attache à mettre au jour ce qui se joue chaque fois qu'une femme au pied léger sort à la rencontre de la ville, comment chacun de ses pas contribuera à transformer son existence.

  • «La mer me fait peur», avoue Jonathan Raban, navigateur hors pair, et c'est ce mélange d'angoisse et de fascination qui fait le prix de ce livre. À peine installé à Seattle, il décide de rejoindre à la voile Juneau, en Alaska : mille six cents kilomètres d'un entrelacs d'îles et de canaux aux eaux tourbillonnantes, traversés de courants dangereux, empruntés pourtant depuis des temps immémoriaux.
    Ici s'est épanouie la culture du canoë des peuples autochtones, avec leurs fabuleux masques peints, leur iconographie complexe, leurs histoires de dieux sous-marins aussi néfastes que retors. Trappeurs et autres coureurs des bois eurent tôt fait de s'engouffrer dans le sillage des premiers explorateurs, eux-mêmes bientôt suivis par des colons, des missionnaires, des anthropologues et des pêcheurs dont les histoires, les rêves, les conflits hantent parfois chaque pouce de terrain.
    Est-ce par nécessité de faire le point que Raban a levé l'ancre? Ou bien par besoin de s'immerger dans l'énigme de la mer, d'en recueillir l'écho dans les mythologies et les arts indiens, dans les journaux du capitaine Vancouver, dans la poésie et la peinture, dans la physique des vagues. Peu à peu, cette aventure dans le «Grand Dehors», au coeur de la nature sauvage, entraînera l'auteur dans des eaux plus profondes, plus sombres, plus personnelles qu'il ne l'avait imaginé, quand un drame imprévu bouleversera le déroulement du voyage et le précipitera dans une exploration des replis les plus secrets du coeur de l'homme.

  • Non pas vivre parmi les arbres, mais bel et bien devenir arbre : telle est l'obsession de Sumana Roy, née, écrit-elle, par la contrainte, enfant, d'avoir à enfiler des sous-vêtements : « Les arbres n'étaient pas, eux, encombrés de bras. » Cette obsession ne fera que grandir au fil des ans :
    Effrayée par la violence de la société où elle grandit, sa cupidité, son égoïsme, Sumana Roy commence à se rêver arbre - « j'étais fatiguée de la vitesse, je voulais vivre le temps propre des arbres » - et à développer de plus en plus une attirance vers leur façon d'être nonviolente, d'occuper légèrement la terre, par leur capacité à faire face à la solitude et à la douleur, par le désintéressement avec lequel ils donnent librement d'eux-mêmes.
    Les premiers temps de sa quête seront une immersion dans tout ce que peuvent en dire les sciences naturelles, jusqu'à la révélation progressive de cette étrange vie végétale qui se déploie autour de nous sans que nous y prenions garde. Puis Sumana Roy bascule au-delà : se sentir arbre grâce à une démarche intensément poétique - et son tour de force est bien de nous faire partager sa démarche jusqu'au vertige.
    Elle découvrira en chemin que d'autres ont vécu la même quête d'un « devenir arbre » : Rabindranath Tagore, D. H. Lawrence, bien d'autres encore, dont des personnalités spirituelles clés telles que le Bouddha - manière pour chacune d'elles de mieux comprendre le monde naturel, et soi-même. « Je n'étais pas la seule à avoir considéré l'arbre comme un humain ou l'humain comme un arbre. » Et le charme de ce livre tient à la manière dont l'auteur organise le chatoiement de toutes ces facettes, dans un constant étonnement émerveillé qui nous emporte à notre tour : qu'est-ce donc qu'être au monde ?

  • Un livre de merveilles. á Aussi longtemps que je vivrai, jfentendrai les chutes dfeau, le chant des oiseaux et du vent, jfapprendrai le langage des roches, le grondement des orages et des avalanches et je resterai aussi pres que possible du coeur du monde. Et qufimporte la faim, le froid, les travaux difficiles, la pauvrete ! â Cet ete passe dans la Sierra, dans lfeblouissement des matins clairs et des cieux sans limites fut pour John Muir une revelation. Comme si tout ce qufil avait jusque]la espere, pressenti, attendu, prenait forme soudain, decidait de sa viec Engage une saison pour accompagner des moutons en transhumance vers la Yosemite Valley, en 1849, Muir note tout ce qufil voit, vagabonde, bavarde avec les bergers, sfenivre de la vie au grand air, de la liberte merveilleuse des campements, le soir. Et plus il monte, plus la nature devient sauvage, plus il est envahi, submerge, bouleverse par la beaute du monde . plus il lui semble qufil rentre enfin chez lui.
    Un ete dans la Sierra a un ton, un rythme proprement uniques, le charme inimitable des premieres fois : cette decouverte qufil nous fait partager, dfune splendeur ou tout, plantes, animaux, paysages, semble vouloir concourir a la meme exultation . et a la decouverte dfune part de lui]meme jusque]la inconnue.
    Ce livre, devenu aux Etats]Unis un classique, devait faire de John Muir une legendec

  • Imaginez Une année en Provence avec des alligators et des assassins, ou bien Minuit dans le jardin du bien et du mal avec des scènes de chasse et des repas à base de faune des marais. Coureur du monde impénitent, l'écrivain Richard Grant a descendu en radeau le ¿euve Malagarasi en Tanzanie, échappé à des bandits dans la sierra Madre, mais porte son regard moins loin, cette fois : sur un coup de tête, sa compagne et lui décident d'emménager dans une vieille plantation près de Pluto, au coeur du delta du Mississippi.
    Début d'une nouvelle vie. Ils s'immergent dans les sublimes paysages du delta, apprennent à chasser, se lient d'amitié avec une cohorte d'individus étonnants - éleveurs de poissons-chats, légendes du blues, millionnaires excentriques, et même l'acteur Morgan Freeman -, auront aussi à découvrir la corruption, le crime et la réalité des tensions raciales. Cocasserie, poésie, colère composent un mélange d'une rare humanité qui a fait des Poissons-chats du Mississippi, pendant des mois, un des best-sellers du New York Times, et le lauréat du Pat Conroy Prize. Au bout du compte, conclut Richard Grant, le Mississippi pourrait être «le secret le mieux gardé des États-Unis».

  • Ian Frazier nous convie à un voyage de plus de 25 000 miles à travers les grandes et majestueuses plaines de l'Ouest américain. Tout à la fois carnet de bord, journal intime, confession et récit de voyage, Grandes Plaines s'arrête près d'une maison abandonnée, dernier témoin de la cabale de Bonnie et Clyde, retrouve la cabane de Sitting Bull et revient sur les lieux des crimes chroniqués dans De sang froid par Truman Capote. Une exploration dense et méticuleuse, érudite mais pleine d'humour, d'un territoire hors normes où les étendues sauvages et anonymes disent tour à tour la victoire et l'échec d'un fantasme : celui du rêve américain.

  • « L'on présume depuis longtemps, dans cette région où ma grand-mère est née, qu'à un certain moment chaque année, les morts rentrent à la maison », écrit Inara Verzemnieks dans ce récit déchirant de guerre, d'exil, et de reconnexion. Les histoires de sa grand-mère rappelaient un unique foyer : la ferme familiale en Lettonie abandonnée durant la Seconde Guerre mondiale. Là, sa grand-mère, Livija, et sa grand-tante, Ausma, ont été séparées. Livija a fui le conflit et est devenue une réfugiée ; Ausma a été exilée en Sibérie, sous Staline : les deux soeurs ne se sont pas revues durant plus de cinquante ans. Élevée par ses grands-parents dans l'État de Washington, Inara a grandi parmi des expatriés, dispersant sur les cercueils des défunts du sable letton entré clandestinement aux États-Unis, entonnant les chants populaires d'un pays qu'elle n'a jamais visité.

    Dans une boîte contenant les affaires de sa grand-mère, Inara découvre l'écharpe que Livija portait lors de son départ. Ce vestige tangible du passé lui montre le chemin jusqu'au village isolé où la famille s'est désagrégée. En Lettonie, Inara apprend à connaître Ausma, sa famille, leur pays ainsi que ses histoires. Là, elle reconstitue les années de survie de Livija en tant que réfugiée. En tissant ensemble ces deux parties de l'histoire familiale dans une prose lyrique et envoûtante, Verzemnieks nous livre un témoignage cathartique d'amour, de perte et de survie.

  • Tarquin Hall, après dix ans de journalisme en Afrique, en Asie, en Amérique, en Inde et au Moyen-Orient, rentre en Angleterre. Sans grandes ressources, il perd rapidement ses illusions d'une vie tranquille dans l'ouest de Londres, les quartiers chic de son enfance. Et c'est ainsi qu'il se retrouve dans les pires bas-fonds de la ville, là même où Jack London écrivit Le Peuple de l'abîme : l'East End...
    À Brick Lane, où il finit par dénicher une mansarde, rien n'a changé : crime, drogue, prostitution, immigration, misère. Ici, depuis des siècles se sont pressés les malheureux qui débarquaient sur les docks crasseux, des huguenots français aux juifs fuyant les pogroms du siècle, et maintenant les réfugiés du Bangladesh, les Afghans, Irakiens, Kurdes, Indiens, Kosovars - le monde entier, en somme.
    Tarquin Hall fera face. Avec son expérience de globe-trotter et une solide dose d'humour. Ce qui nous vaut un récit savoureux, oscillant sans cesse entre tragique et comique, des scènes mémorables et une épatante galerie de portraits : Mr Ali, le genre de propriétaire qui revient avec un parapluie quand on lui fait remarquer que la salle de bains n'a plus de toit; son voisin kosovar avec lequel il partage à Noël une oie sauvage dérobée dans un parc voisin; Sadie Cohen, la vieille dame juive gardant le souvenir de tous les siens rescapés des pogroms; l'inénarrable Chalkie, cockney de souche et contrebandier de carpes françaises; tant d'autres encore...


  • Collection Étonnants voyageurs dirigée par Michel Le Bris
    La rue Félix-Faure, c'est la rue de la vie, des bars clandestins, des tripots où coulent à flots le vin Kiravi Valpierre et la bière Gazelle Coumba. Dans la rue Félix-Faure se côtoient dans des éclats de rire des jeunes femmes aux dos nus, se mêlent dans un énorme tohu-bohu des gens venus de tous les horizons, miséreux à la poursuite de leurs rêves, immigrés cap-verdiens. « La rue Félix-Faure est la rue de Dieu », résume le philosophe de la rue - bien loin de ces sectes qui prolifèrent à l'extérieur, et de ces moqadems qui humilient les femmes, au nom de leur prétendu Dieu.
    Mais voilà qu'une masse sombre envahit la rue, réveille les douleurs tues - d'où vient Muñ, la fille silencieuse, quelles histoires se disent derrière les blues de Drianké, les mornas de Tonio ? Un matin quatre femmes recouvertes de voiles s'éloignent du corps d'un lépreux découpé en morceaux, jeté sur le trottoir. Et la clé du mystère est peut-être dans un tapuscrit ramassé un matin dans une courette...
    Une enquête policière écrite comme un poème, un hymne à la vie, plus forte que les porteurs de mort, et une quête philosophique menée au son du violon, du blues, et des rires des filles au teint couleur caramel.


  • Où commence le «Nord» ? Là où la forêt boréale cède la place à la toundra ? À la limite sud du permafrost ? Au cercle arctique ? Mais c'est tout autant un espace mental, différent pour chacun : le rêve d'un monde vierge, sauvage, la poétique d'un «Grand Dehors» - et, on l'oublie, un «chez soi» pour ceux qui y vivent. Malachy Tallack va au plus simple, apparemment : suivre le 60 ème parallèle qui passe chez lui, aux îles Shetland, puis traverse Canada, Alaska, Sibérie, Finlande, Suède, Norvège avant de faire retour à «son» île de Mousa. Au plus simple ? En fait, au plus difficile, ce qui nous vaut une oeuvre rare, intense, sur la ligne de crête, toujours, dans la constante tension entre l'épreuve d'un vertigineux «dehors» et l'introspection d'un «chez soi», comme happé par le vide laissé par son père tragiquement disparu, jadis...

  • Un homme se tient face à la mer, à l'extrême fin de l'Europe, en Irlande, comme s'il s'absorbait lentement dans le paysage ou y cherchait les voies d'une découverte de soi. Et à sa voix répondent d'autres voix, comme en écho, croisées ailleurs, à Bruxelles, à Gand, qu'importe l'endroit ? La catastrophe a déjà eu lieu, «comme si quelqu'un brûlait des ordures de jourlà devant une Flamme éternelle depuis longtemps en allée». Et nous comprenons que nous sommes en Bosnie, à Sarajevo, à Mostar, tout autant qu'en exil, errants séparés du monde et de soi, sans retour - à moins que l'exil ne soit pas une parenthèse, mais le seul espace habitable d'une reconstruction...

  • La naissance d'un géant. un immense cri de révolte et de souffrance, à faire s'effondrer les murailles, qui emporte tout dans sa fureur, bouscule la langue, la réinvente, porte les mots jusqu'à leur point d'incandescence. Dans une Haïti de cauchemar, sous le joug de Duvalier, où des hommes à bout de désespoir préférent se jeter dans une mer grouillant de requins plutôt que de retourner à l'enfer quotidien, tandis que les envahisseurs yankees multiplient les atrocités, deux hommes se croisent, se sauvent, se retrouvent après s'être perdus : Raynand l'activiste, lancé dans une course folle contre la mort, la misère, l'exil, condamné à l'échec, et Paulin l'écrivain, enfermé dans sa création, que les circonstances précipiteront sur le devant de la scène, transformé en tribun - Raynand et Paulin, les deux visages de Frankétienne, jusque-là connu comme poète et qui, par ce roman publié en 1968, s'affirme d'un coup comme un romancier de génie.

empty