Les Petits Matins

  • Au moment de son élection, Emmanuel Macron a été présenté comme l'homme d'un « nouveau monde » qui devait remplacer les pratiques anciennes. Mais, du point de vue de ses rapports avec la presse, c'est au contraire avec un très ancien monde que ce jeune président a d'emblée voulu renouer. Il apparaît en effet comme l'héritier assumé des monarques républicains qui l'ont précédé, au point que le terme « Jupiter » lui-même est emprunté au double septennat de François Mitterrand.
    Après un quinquennat Hollande marqué par des échanges incessants avec les journalistes, la « saine distance » voulue par Emmanuel Macron a dans un premier temps été bien accueillie. Mais cette attitude s'est très vite transformée en mépris et elle a conduit le Président à des erreurs, tel son comportement impérieux au moment de l'affaire Benalla. Son cas est loin de constituer une exception, puisque la logique même des institutions de la Ve République se prête à des rapports tendus entre le chef de l'État et la presse : du général de Gaulle à François Hollande, tous les prédécesseurs d'Emmanuel Macron ont ainsi été tentés, un jour ou l'autre, de mettre les journalistes au pas.
    Le risque est cependant réel, lorsque Jupiter cherche à imposer ses vues à Mercure, de saper les fondements de sa propre légitimité. Conscient sans doute de ce péril, et comme l'ont fait ses devanciers les plus habiles, le Président a consenti à de réelles inflexions après les épreuves qui ont marqué le début de son mandat. Mais, comme le montre cet essai, son attitude envers la presse n'a changé qu'en surface : même s'il a renoncé à employer ce mot, Emmanuel Macron restera sans doute jusqu'au bout un président « jupitérien ».

  • Face au changement climatique, l'immensité du défi a de quoi susciter la crainte et la paralysie. Ce livre se veut pourtant message d'espoir, en ce qu'il tente de montrer que l'intelligence collective, bien organisée, peut tracer concrètement la voie d'une sortie de crise. Réunissant aussi bien un climatologue, une juriste, un économiste ou un philosophe qu'un auteur de science-fi ction, un vidéaste ou un général d'armée, entre autres, il démontre que chacun, dans sa pratique et sa discipline, détient une partie de la solution. L'une des armes de la transition.

    Ce sont donc quatorze experts qui ont accepté, ici, de répondre à un même ensemble de questions. Quelle pierre leur discipline apporte-t-elle à la transition ? Quels concepts ou certitudes ont-ils déjà forgés ? Comment transformer leurs conclusions en politiques publiques ? Quels éléments de programme pourraient ils souffler à un candidat à la présidentielle ? Etc.

    En préambule et en pages de fin, deux jeunes activistes ajoutent aux réflexions de ces contributeurs leur voix de citoyennes engagées pour le climat. Ensemble, loin de la peur et de la résignation, ils et elles ouvrent des pistes pour un futur non seulement vivable, mais enviable.

  • Le « monde d'après » annoncé par tant de prophètes pendant le confinement du printemps 2020 existe déjà. Il ne demande qu'à se déployer pour que les innombrables « utopies locales », porteuses d'une autre manière de produire, de vivre et de consommer, deviennent la norme de l'économie de demain. Ce monde d'après est en grande partie mis en musique par des acteurs de l'économie sociale et solidaire. Cette foule d'initiatives citoyennes défriche les possibles et construit des solutions écologiques et solidaires face aux besoins et aux aspirations des habitants.

    Pôles territoriaux de coopération économique, tiers-lieux, revenu de transition écologique, énergies citoyennes, foncières solidaires, mobilités partagées : les expérimentations des associations, coopératives, mutuelles, fondations et autres entreprises sociales se multiplient dans les territoires. Elles ouvrent la voie à une « société post-croissance », une société où primerait la finalité du bien-vivre.

  • La pandémie de Covid-19 n'est qu'une des facettes de la crise multidimensionnelle que nous traversons depuis une cinquantaine d'année : crise à la fois financière, économique, sociale et climatique, mais aussi démocratique. Dans ce contexte inédit, face à un système capitaliste à bout de souffle et aux dangers du populisme et des nationalismes, l'économie sociale et solidaire à un rôle clé à jouer : elle est en mesure d'insuffler une véritable transformation de l'économie et de la société, fondée sur les valeurs de solidarité et d'humanité qui lui sont chères.

    Cette transformation est déjà à l'oeuvre. À l'échelle locale (de la Scic Ecooparc, qui développe des projets sociaux environnementaux dans les Vosges, à la coopérative d'activités et d'emplois Coopaname, en Île-de-France), nationale (avec le fournisseur d'énergie verte Énercoop), européenne (la fédération de coursiers à vélo CoopCycle) comme internationale (le Forum international de l'ESS), des initiatives citoyennes innovantes se développent pour répondre aux grands défis contemporains. Mais elles doivent aujourd'hui gagner en ampleur, se réformer, trouver plus que jamais les chemins de l'innovation pour ouvrir la voie à un avenir choisi, répondant notamment aux objectifs de développement durable fixés par l'organisation des Nations unies.

  • à la reconquête du travail durable : l'économie sociale et solidaire en pionnière Nouv.

    Face à la crise de nos systèmes traditionnels et à la précarisation du marché du travail, il devient nécessaire de favoriser des modèles de travail plus durables. L'économie sociale et solidaire (ESS) a toujours été pionnière en la matière. Groupements d'employeurs, coopératives d'activités et d'emplois, Scop et Scic, Territoires zéro chômeur de longue durée, tiers-lieux... L'ESS expérimente, innove, invente des modèles de travail et d'emploi plus protecteurs pour les travailleurs, plus ancrés dans les territoires, plus respectueux de l'humain. À ce titre, elle peut impulser une dynamique de changement inspirante pour l'ensemble de la société.
    Comment ces initiatives positives d'ESS peuvent-elles essaimer pour permettre le développement d'un grand nombre d'emplois de qualité dans ou hors salariat : des emplois à la fois porteurs de sens, sécurisés et inscrits dans un collectif de travail, à rebours de la tendance actuelle à l'ubérisation ? Et comment imaginer un modèle de management qui favorise cette organisation épanouissante, loin des systèmes fondés sur la surveillance des salariés et la verticalité ? L'auteur avance des pistes à la fois souhaitables et réalistes, en faveur d'une meilleure cohésion de la société, d'une solidarité accrue et du renforcement des liens sociaux.

  • Depuis son arrivée au ministère de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer malmène notre système éducatif. D'abord encensé par les médias pour son expertise acquise sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il est vite contesté par la communauté enseignante, qui rejette massivement ses réformes, à commencer par celles du bac et de l'orientation. Comment expliquer un tel fiasco ?

    Avant toute chose, il y a la méthode : le blanquérisme est un autoritarisme, caractérisé par la prise de décision ultra-centralisée, l'affaiblissement des contre-pouvoirs et le mépris des opposants. Mais ce n'est pas tout. Derrière la frénésie des mesures adoptées, il y a une vision pour l'école : primat de la logique du marché sur celle du service public, fascination pour les neurosciences, laïcité agressive...

    En contrepoint de cet échec, implacablement décortiqué, l'auteur appelle de ses voeux un projet alternatif suffisamment puissant pour que l'école puisse espérer s'en relever.

  • Une société juste se mesure aussi à sa façon de répartir les tâches pénibles et de traiter celles et ceux qui les effectuent. Qui sort ma poubelle ? Qui nettoie derrière moi ? Qui range mon espace de travail ou passe le balai dans l'école de mes enfants ? Le monde du travail consacre 8 % du temps rémunéré au nettoyage et à l'entretien d'espaces publics et privés. Cet ouvrage met en lumière les personnes - en très grande majorité des femmes - qui s'en chargent, et qui restent le plus souvent invisibles pour les autres, au travail comme dans le débat public.

    Précarité, cumul de pénibilités, déqualification sont le lot de ces emplois - des caractéristiques aggravées par le développement, ces dernières années, du recours à la sous-traitance. Face à cette situation, les auteurs montrent que des solutions existent : réinternalisation des tâches de nettoyage, intégration au collectif de travail, décloisonnement des activités, revalorisation des salaires, remise en cause du temps partiel subi, développement de la formation et de la mobilité professionnelle... Plus fondamentalement encore, l'idéal de justice nous invite à repenser la division du travail et à mieux partager les « sales » boulots.

  • La gauche est-elle en voie de disparition ? Si des sondages semblent l'indiquer, l'affirmer serait faire peu de cas d'une gauche de résistance et d'inventivité qui irrigue notre société. Une gauche des valeurs, orpheline de ses représentations politiques.

    En revisitant plus de deux siècles d'histoire, l'auteur pointe la responsabilité de la social-démocratie dans ce déclin observé dans les urnes, mais il croit à la renaissance d'un vrai pôle réformiste associé aux forces écologistes. À condition, précise-t-il, que l'on affronte les « questions qui fâchent », qui ne se déclinent pas seulement autour des thèmes habituels (l'Europe, la place du travail, l'environnement...), mais aussi autour de notions morales : la démocratie, le rapport à la vérité et à la presse, l'actualité des idées de République et de révolution, la laïcité, l'immigration, les relations avec la Russie et les États-Unis, le populisme, etc.

    L'auteur aborde aussi le non-dit : le rôle primordial des personnalités se réclamant de la gauche - et leur sincérité. Une réflexion originale et stimulante qui invite à raisonner hors des réflexes conditionnés et des idéologies. Et à réinterroger sans cesse la « promesse républicaine ».

  • Quel enfant n'a jamais rêvé d'un monde sans parents ? Mais alors, comment s'organiser ? Comment se nourrir et s'occuper ? Surtout, comment savoir qui doit faire la vaisselle ?
    Pour répondre à ces questions essentielles, les sept protagonistes de ce conte pour adultes testent différents modèles de société sur leurs étranges voisins, les Legrand.

  • Postface de Cécile Mainardi, Luigi Magno, Nathalie Quintane, Anne Portugal, Lisa Robertson, Lise Wajeman, Aurélie Verdier et Pascal Poyet Photocall attendrit le vivant. Si vous êtes animaux, plantes, roches, villes, pull marin, dieux et déesses, lui-elle-nous, fluides, entièrement nus, si vous aimez la photo, les défilés et les grandes parades, ce livre est pour vous, entrez.

  • Les violences sexuelles envers les femmes n'apparaissent pas spontanément. Elles ne font pas partie de la « nature humaine » ni ne sont le résultat d'incontrôlables pulsions masculines. Elles ont des causes sociales - impunité des agresseurs, idées reçues sur la sexualité, inégalités structurelles - qui forment ce que l'on appelle une « culture du viol ». Cela va de remarques apparemment anodines qui culpabilisent les victimes à un traitement trop fréquent des viols comme des délits plutôt que comme des crimes devant les tribunaux ; de formules pour excuser les agresseurs à une remise en cause systématique de la parole des femmes qui dénoncent des agressions.
    En France, chaque année, environ 94 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. Et les viols ne représentent que la partie émergée d'un iceberg : celui des violences sexuelles, à la maison, au travail ou dans la rue. Or ces violences ont des conséquences graves : elles minent la confi ance et limitent la liberté par la peur qu'elles instaurent. Elles constituent une atteinte aux droits et à la dignité des personnes et consolident la domination masculine. Mais cette situation n'est pas une fatalité. C'est pourquoi il est important d'identifier les éléments culturels qui servent de justifi cation et de terreau à ces actes, afi n de proposer des pistes qui permettront d'y mettre fin.

  • Quelle est notre meilleure alliée pour combattre le changement climatique ? La technologie pure, encore et toujours, comme le fantasment les tenants de la géoingénierie ? Non : la nature elle-même, à condition qu'on le lui permette.
    Le géomimétisme - en référence au « biomimétisme », c'est-à-dire le fait de s'inspirer de l'action de la nature - désigne l'ensemble des pratiques dont nous disposons pour piéger le carbone atmosphérique dans les sols et les organismes vivants, dans le respect des cycles naturels et de la biodiversité. Car, pour combattre efficacement le réchauffement climatique, il ne suffit pas de réduire nos émissions de gaz à effet de serre - même si c'est essentiel -, il faut aussi capturer le trop-plein de CO2 dans l'atmosphère.
    L'exemple le plus évident de géomimétisme est celui de la reforestation, à même de rafraîchir le climat. Mais on peut également citer le développement de l'agroécologie, l'élargissement des zones humides, le renforcement du permafrost ou encore la constitution de puits de carbone océaniques. Cet ouvrage pionnier détaille de façon claire et rigoureusement chiffrée l'intérêt de ces méthodes pour l'humanité et propose, en conséquence, des pistes réalistes pour des politiques publiques à la hauteur de l'enjeu.

  • À la suite du roman in situ Le Stade qu'il prolonge, le roman flipbook La Poursuite a pour projet d'intégrer la dimension du livre au sein d'un continuum textuel évolutif. Si la fiction se développe à partir de la vitesse de feuilletage du livre, le double sens de son titre - continuation et projecteur de théâtre - lui apporte un éclairage supplémentaire. Assis à bord de son unité minimale de roulement, le héros suit une ligne infiniment droite dans un paysage en constante transformation. Restés à la base dont ils longent les aires d'activité, ses coéquipiers discourent sur les raisons de cette ligne. Quand ils atteignent le sommet de l'aire la plus haute, ils sont téléportés et La Poursuite apparaît alors sous un tout autre jour.

  • De l'ombre à la lumière. Le mouvement des Gilets jaunes puis, surtout, la crise du Covid-19 ont braqué le projecteur sur une France aux contours flous, longtemps invisibilisée. Une France qui vit « à quelques euros près », qui n'a pas besoin qu'on lui dise de traverser la rue pour savoir que le travail est un précieux gage de survie ou d'émancipation, pour qui une voiture en état de marche est une absolue nécessité, qui connaît le prix de la solidarité... La France des caissières, des postiers, des aides-soignantes, de ceux qui entretiennent les résidences sociales. Celle qui est restée courageusement sur le pont pendant cet étrange printemps de confinement.

    C'est cette France des « vies majuscules » que l'ambitieux projet qui a donné naissance à ce livre a voulu appréhender. Encadrés par des journalistes, quelques centaines de témoins de tous âges, de Marseille à Grande-Synthe, de Mulhouse à Caen, de Troyes à Toulouse, de Nantes à Billom, de Laxou à Saintes, de Vierzon à Mont-Saint-Martin et de Joué-lès-Tours à Lunel, ont pris la plume pour se raconter. Loin des clichés condescendants ou stigmatisants, ils relatent bien concrètement la recherche d'un stage quand on n'a pas « la gueule de l'emploi », le rôle de « psy à temps partiel » d'une employée de ménage, l'angoisse des formalités « dématérialisées » quand on ne maîtrise pas les outils numériques, la sortie tête haute d'une situation de violence conjugale ou familiale. Mais encore la chaleur des relations de voisinage ou d'un réseau d'aide pour obtenir enfin des papiers quand on a « choisi la France ».

    Personnels et universels, graves, amusés, coléreux, amoureux, informatifs, fantaisistes, ces textes, qui se répondent et se complètent, apportent la preuve, s'il en fallait, que les « petites histoires » permettent bien souvent de comprendre la « grande ».

    Ce projet est porté par La Zone d'expression prioritaire (La ZEP), un dispositif d'accompagnement à l'expression via des ateliers d'écriture animés par des journalistes, et le réseau des Régies de quartier et de territoire. Il a été piloté par les deux fondateurs de La ZEP : Emmanuel Vaillant et Édouard Zambeaux.

  • « Mettre le Soleil en boîte » ! Tel est le rêve aux résonances prométhéennes des promoteurs d'Iter, un réacteur nucléaire expérimental situé à Cadarache, en Provence. Un projet inédit de fusion (réaction libérant de l'énergie, à l'image de ce que fait naturellement le Soleil), et non plus de fission (éclatement de noyaux d'atomes d'uranium), auquel participent les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon, l'Inde, la Corée du sud et l'Union européenne. Pour ses défenseurs, rien de moins que la promesse d'« une source d'énergie propre et quasiment inépuisable ». Pour ses détracteurs, une chimère scientifique doublée d'un gouffre financier : au minimum 40 milliards d'euros, dont près de la moitié à la charge des contribuables européens.

    Dans une enquête très documentée, l'auteure raconte les origines politicodiplomatiques du projet sur fond de détente américano-soviétique, met au jour les mensonges des lobbys industriels, relaye les doutes d'éminents scientifiques quant à la faisabilité et à l'utilité d'Iter, alerte sur ses dangers, dévoile des pratiques de sous-traitance contraires au droit du travail... Elle souligne enfin que ce programme de très long terme (opérationnel en 2035 au mieux) entre en contradiction avec les défis du réchauffement climatique, et propose un scénario de réaffectation des crédits vers l'efficacité énergétique et les renouvelables.

  • Les Kurdes, à partir de 2012, ont été aux avant-postes de la lutte contre les combattants de Daech en Syrie et en Irak. Trahi par les Alliés en 1923, opprimé depuis sur les terres morcelées du Kurdistan, ce peuple de 40 millions d'âmes a une nouvelle fois montré sa capacité à peser militairement dans le chaos de la guerre tout en ouvrant - au nord de l'Irak comme dans le Rojava syrien - des perspectives politiques favorables à la reconstruction d'une région meurtrie par des clivages nationaux, ethniques et confessionnels. Mais c'était avant une nouvelle trahison : celle des États-Unis et de la Russie, pour qui le sort de ces « damnés de la guerre » n'est qu'une carte à jouer parmi d'autres dans leur stratégie géopolitique.

    Nourri d'éléments de reportage, de témoignages et d'analyses d'experts, cet ouvrage décrypte la crise actuelle au Moyen-Orient au prisme des différentes communautés kurdes, écartelées entre quatre États : la Turquie, la Syrie, l'Iran et l'Irak. Alors que s'affirment la fin de l'hégémonie occidentale au Levant et l'émergence de nouvelles puissances régionales, l'auteur revient sur les principales étapes de l'histoire kurde pour expliquer pourquoi, depuis les accords Sykes-Picot en 1916, les guerres du Moyen-Orient ont toujours réactualisé la question kurde sans jamais offrir de réponse durable aux revendications de ce peuple sans droits et toujours orphelin d'État.

  • Comment faire pour que la viande que nous consommons ne soit pas un facteur de déforestation en Amazonie ? Que les travailleurs qui confectionnent nos habits ou extraient les métaux rares présents dans nos téléphones ne risquent pas leur vie pour un salaire de misère ? Quelles leçons tirer de la crise économique déclenchée par la pandémie de Covid-19 ?

    Une partie de la réponse se trouve dans les règles commerciales qui structurent les activités économiques internationales. Car le constat est là : non seulement le Lilibre-échange n'a pas tenu la promesse de prospérité planétaire avancée par ses défenseurs, mais il accélère la destruction de nos écosystèmes, renforce les inégalités, fait fi de nombreuses violations des droits humains et dépossède les États de leur capacité d'agir.

    Les auteurs se livrent à une critique rigoureuse et chiffrée des accords de commerce, dont les plus récents (Tafta, Ceta, accord avec le Mercosur...) ont suscité de vives oppositions citoyennes. Mais la critique ne suffit pas. Car le choix du libre-échange a été permanent au cours des dernières décennies, de la part de dirigeants prompts à décrédibiliser toute proposition alternative.

    Il est pourtant possible de remettre le commerce au service de la société et de la transition écologique et sociale. Avec de multiples propositions concrètes et ambitieuses, les auteurs invitent à inventer enfin un juste-échange réellement durable.

  • Comment conjurer l'effondrement d'un monde arrivé à ses limites ? Que ferons-nous du « jour d'après » la crise du Covid-19, sachant que le dérèglement climatique et la chute de la biodiversité sont toujours à l'oeuvre et qu'ils restent la principale menace pour l'espèce humaine ? Il serait suicidaire de nous acharner à poursuivre le même mode de vie, destructeur et inégal. Mais nous reste-t-il assez de lucidité pour sortir d'un déni qui laisse la porte ouverte aux marchands de fin du monde et aux populistes ? Comment dessiner un monde soutenable et désirable ?
    Noël Mamère répond à ces questions en tissant un lien entre les alertes des penseurs de l'écologie du XXe siècle, tels Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, et la colère salutaire de la « génération climat », consciente qu'il n'y a pas de « planète B ». Ses propres combats de terrain et son expérience d'écologiste nourrissent une réflexion argumentée sur le rôle que doit jouer l'écologie politique aujourd'hui.
    Sur l'une des issues de secours à l'impasse dans laquelle nous nous trouvons, il est écrit « écologie » : c'est par là qu'il faut passer !

  • Il fait chaud. C'est l'été. Nous sommes en Suisse, au-dessus du lac. Il est 13 h 15, l'après-midi commence à peine. Il n'y a pas un bruit en ville, aucun souffle d'air. Je suis debout, légèrement incliné vers l'arrière, le dos contre la voiture, les pieds dirigés vers le sud sur le trottoir d'une avenue perpendiculaire à la pente. Le soleil émet une lumière intense, démultipliée par l'eau maintenant scintillante du lac et par les surfaces minérales de la ville, dont l'albédo est élevé. Vaguelettes cristallines, fragments de quartz affleurant le bitume, vitrage d'immeubles (selon certaines orientations) réfléchissent les rayons du soleil, qui atteignent mes yeux depuis cette multitude diffractée de sources. Ils m'éblouissent.

    Une édition enrichie par des nouvelles inédites et préfacée par Dominic Thomas, directeur du département des études françaises et francophones à l'université de Californie-Los Angeles (Ucla).

  • Alliées ou ennemies, la transition énergétique et la transition numérique ? La première option a des allures d'évidence . La dématérialisation n'est-elle pas économe en kilomètres de transport et en matières premières ? Ne peut-on, grâce à des outils « intelligents », régler au mieux nos consommations de chauffage ou d'électricité ? Le papier ne s'efface-t-il pas derrière les données stockées sur un cloud ?
    Ce serait oublier la dimension énergivore des infrastructures matérielles nécessaires à cet enveloppement numérique de nos vies : réseaux, centres de stockage, utilisation de métaux rares, obsolescence rapide, etc. Sans compter tous ces « besoins » de consommation créés par les possibilités numériques : baskets ou frigos connectés, trottinettes en libre-service, etc.
    Alors, face à l'urgence climatique, que faire ? Revenir en arrière ? En détaillant les atouts et les écueils de nombreuses pistes (smart cities, voitures connectées, champs numériques, industries 4.0...), Éric Vidalenc nous invite plutôt à « remettre le numérique à sa place » : celle qui pourra nous apporter un mieux-être réel et davantage d'autonomie dans un monde plus juste et plus sobre.


    Un livre en partenariat avec l'Institut Veblen, dans la collection « Politiques de la transition ».

  • Dans une société ouverte, qu'est-ce qui distingue le langage totalitaire du langage démocratique ? Telle est la question traitée par Robert Habeck, chef de file des Verts allemands (et probable futur vice-chancelier ou chancelier), dans cet essai paru en Allemagne en 2018 (Kiwi Verlag).

    « Tourisme de l'asile », « déculturation », « dictature de l'opinion », « hypermorale », « trahison du peuple »... On a beaucoup parlé, ces derniers temps, de « l'ensauvagement » des mots dans la vie publique. Le temps de la brutalité langagière semble venu - et pas seulement du côté de l'extrême droite. Mais de quoi est-il exactement question ? Où se situe la frontière entre la polémique démocratique constructive et un langage qui détruit toute possibilité de communication, qui exclut, déshumanise ? Il ne peut s'agir seulement d'une question de « style »...

    Robert Habeck nous rappelle à quel point nos manières de nous exprimer, les termes auxquels nous recourons, jouent un rôle décisif pour la démocratie. En soulignant que le langage est d'une importance capitale (et pas seulement en politique), il dessine les contours d'une langue suffisamment ouverte et variée pour rassembler les hommes et les femmes dans toute leur diversité et les faire s'interroger ensemble sur ce que nous pourrions être, « qui nous voulons être », selon le titre originel de ce livre.

  • Une ère nouvelle est-elle en train de s'ouvrir pour les animaux ? Des avancées scientifiques remettent en cause nos préjugés sur leurs capacités de raisonnement, de langage et d'innovation technique ; elles montrent qu'ils ont la faculté de ressentir et d'exprimer des sentiments et des émotions proches des nôtres. La société, de son côté, est de plus en plus sensibilisée à la question de la souffrance animale, encline à changer ses habitudes de consommation alimentaire et culturelle pour ne plus cautionner les maltraitances liées à l'élevage industriel, aux conditions d'abattage indignes ou à certains divertissements. Accompagnant ces évolutions, le Code civil stipule depuis 2015 que « l'animal est un être vivant doué de sensibilité »... tout en continuant cependant de le soumettre au régime des « biens ».

    Il est temps, nous dit cet ouvrage, d'aller plus loin et d'élever les animaux au rang de sujets de droit. Pour leur bien-être, mais aussi pour le nôtre et celui de la planète dans son ensemble. C'est pourquoi il se conclut par une proposition de loi « pour un élevage éthique, socialement juste et soucieux du bien-être animal ». L'heure a sonné d'une autre cohabitation avec les animaux.

  • À l'époque d'Internet, tout événement dramatique trouve sur les réseaux sociaux des « analystes » expliquant que la version officielle cache des intérêts secrets, selon un plan devant être soigneusement décrypté. « Réveillez-vous, on vous ment ! », clame Alain Soral devant sa webcam.

    Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les discours complotistes ont proliféré sur la Toile, semant la méfiance envers tout discours officiel et creusant une scission de plus en plus grave au sein de notre société.
    Se présentant comme « alternatifs », ils prétendent rétablir une « vérité » dévoyée. Si le fantasme d'un groupe occulte agissant dans l'ombre pour accomplir un but machiavélique n'est pas nouveau, il est important de connaître les ressorts actuels de ce phénomène. Car ces théories du complot ont remis au goût du jour des discours d'inspiration fasciste et antisémite, leur donnant une coloration « moderne ». Sur fond d'islamophobie et de haine des juifs, elles sont sous-tendues par une idéologie réactionnaire qui se nourrit des problèmes sociopolitiques contemporains.
    Poser le bon diagnostic est indispensable car, loin d'être le fait de farfelus ou d'ignorants, le complotisme est le symptôme d'une véritable maladie de société.

  • La crise du Covid-19 nous a endeuillé. Elle a ébranlé nos sociétés et nos certitudes. Elle a jeté une lumière crue sur l'absurdité et la dangerosité des discours qui visaient depuis des dizaines d'années à discréditer la puissance publique, ne jurant que par « l'efficacité du privé ». Elle a, enfin, montré la fragilité de notre monde globalisé et surtout la responsabilité de notre modèle de développement dans la transmission et la propagation du virus à l'être humain.

    Cette crise, peut-être encore plus que les précédentes, nous oblige. Elle nous enjoint de tourner la page d'un modèle économique arrivé à bout de souffle. De rompre avec le néo-libéralisme, avec le productivisme et l'obsession de la croissance. De retrouver le sens des priorités en somme, de ce qui compte vraiment : la protection sociale, la santé, la transition écologique. De renouer avec un État-providence stratège, investisseur et producteur. Non pas un État hyper-centralisateur, et encore moins replié sur l'idée de nation, mais une puissance publique au service de l'intérêt général, de la transition écologique et sociale, pleinement inscrite dans le projet européen et la coopération internationale.

    À l'image du New Deal mis en oeuvre par le président Roosevelt au lendemain de la crise de 1929 aux États-Unis, c'est un plan ambitieux et pragmatique, au service de l'intérêt général, que nous proposons. Un plan qui replace l'économie au service de la société, au service de tous et non plus de quelques-uns. Un nouveau modèle de société qui s'inscrit dans les limites de la planète.
    État employeur en dernier ressort, réduction du temps de travail, revalorisation des bas salaires ; grand plan de rénovation thermique des bâtiments et développement du low-tech comme filière industrielle ; réforme fiscale et encadrement des écarts de salaire ; gestion de la dette...
    Les solutions existent, elles ne demandent que le courage politique de les mettre en oeuvre !

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