Oqo

  • - Que se passerait-il si j'étais un chat ?
    - Si j'étais un chat...

    La réponse à la question qui commence le récit ouvre un éventail de possibilités qui donnent origine à ce drôle d'album et à son titre.

    Dans beaucoup de contes, les héros sont des animaux anthropomorphes qui ont un comportement humain. Mais dans ce conte-ci la situation s'inverse en plaçant une personne de l'autre côté du miroir.

    Si j'étais un chat est une proposition ludique qui permet de prendre conscience de la réalité de l'autre avec le but ultime de mieux le comprendre et qui avertit que nous ne pouvons pas partir du principe inexact que ce qui est bien (ou pas) pour nous, l'est indiscutablement pour les autres.

    Ainsi, connaître et accepter les différences de l'autre nous rend plus tolérant envers des comportements qui s'éloignent du nôtre. Et la différence a aussi des avantages comme nous fait voir l'auteur : un chat qui n'a pas peur de la nuit pourrait chasser tous nos fantômes...Les illustrations montrent des personnages tendres qui renforcent le caractère amusant du récit.

    Certains, comme le souriceau malin, n'apparaissent pas dans le texte mais sont dessinés au fil des pages. La technique du collage avec des papiers et des cartons peints préalablement à l'acrylique donne du volume qui, combiné au dessin plat, souligne la partie rustique du matériel.

    Un fond de scène simple, qui laisse la place au lecteur pour qu'il complète l'histoire avec son imagination, se combine à des collages volumétriques qui montrent les détails et la texture du matériel employé à la base : coupes de cartons, boîtes de céréales...

  • Zimbo

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    • Oqo
    • 14 Novembre 2012

    Il y a des liens qu'il faut rompre pour que d'autres, noués par l'affection, ne se rompent jamais. Cette histoire explore la douleur causée par le départ des personnes qu'on aime.
    Partir et laisser partir ne veut pas dire cesser d'aimer.
    L'auteur offre une vision égalitaire d'une situation qui touche doublement : la tristesse que provoque l'aliénation de Zimbo et la peine que ressent le marionnettiste à cause de son départ. Il réussit à nous faire partager aussi bien le chagrin de ce dernier que les souhaits et le courage de Zimbo de mener une vie qui le comble. Les créatures en bois du marionnettiste sont comme ses propres fils.
    Il aimerait qu'elles restent toujours avec lui au risque de les surprotéger ou de les rendre malheureuses. Capable pourtant de se mettre à la place des autres, il favorise leurs désirs comme le font les personnes qui aiment les siens.
    Sa générosité fait qu'il accepte l'indépendance de Zimbo et se prête à collaborer.
    « Si j'étais une marionnette, je me couperais les fils », s'inspirant de cette phrase, l'auteur aboutit à la métaphore de la souffrance du père qui accepte et participe au processus d'indépendance de ses enfants.
    La tendresse du texte est renforcée par la délicatesse des personnages de Joanna Concejo. Des illustrations poétiques, évocatrices accompagnent la prose lyrique.
    L'illustratrice dessine au crayon, une préférence qu'elle attribue au fait que malgré l'impression de pauvreté, le résultat est plus fort et les images ont une plus grande intensité dramatique. Une technique simple, naturelle, qu'elle aime bien. Elle réserve la couleur pour les moments heureux du livre, quand Zimbo se sent libre, se produit alors « l'éclosion de couleurs », moment culminant du récit.
    Après, quelques touches de couleur souligneront encore la présence du héros : « ses idées demeurent pour donner de l'espoir à ceux qui restent », et à ceux qui liront ce conte.

  • Parfois tu te perds dans la nuit et tu ne retrouves pas ta maison.
    Dans une forêt inconnue tu marches sans but.
    Dans cet album, l'auteur se tourne vers l'essence même de la thématique des contes traditionnels, mais sans renoncer à un point de vue moderne et transgresseur.
    Le début de l'histoire est un classique de la littérature jeunesse de tous les temps : quelqu'un se perd, la nuit, dans la forêt.
    Mais, l'histoire s'éloigne vite des conventions du genre.
    Bien que l'habitude veuille que l'on utilise plutôt la première ou la troisième personne l'auteur choisit ici le « tu » et maintient l'ambiguïté par rapport au héros : nous ne savons pas si c'est une fille ou un garçon. Ce « tu » fait peut-être référence à un autre protagoniste, le lecteur. Paloma Sanchez, peu amie des scènes réalistes, situe le voyage du retour au foyer dans des endroits étranges et oniriques. Dans son parcours, le héros n'est pas seul. Les voix des étoiles, de l'écho de la Fin du Monde, des joncs dans les pierres l'encouragent à continuer.
    Mais une voix le conduit à une autre, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Le chemin devient un labyrinthe ou une spirale chaque fois plus fantastique dont on ne peut réchapper.
    Et y a-t-il quelqu'un de plus indiqué que Joanna Concejo (Fumée, Mention White Raven) pour illustrer les territoires de la fantaisie. Les paysages de cette histoire semblent faire partie du monde des songes. Les images défilent, comme dans un rêve, mais nous ne savons pas ce qui nous attend après avoir tourné la page. Pour obtenir cet effet d'irréalité qui s'adapte si bien à l'histoire, elle utilise des crayons de couleur et des collages. Des illustrations poétiques, belles et étranges à la fois, difficiles à interpréter, accompagnent la prose rythmique de l'auteur. La même sensation d'étrangeté ressent le héros qui, déboussolé, cherche sa maison. Pendant qu'il traverse ces parages surréalistes, il entend des voix qui crient Continue !
    Soudain, une voix murmure Réveille-toi, la nuit est terminée.
    C'est la voix qui te ramène toujours chez toi.

  • Rikikis

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    • Oqo
    • 24 Juin 2010

    Maman Pimpante veut donner à manger à ses petits pimpants, mais pour rien au monde elle n'utiliserait des délicieux...

    Dans cette histoire amusante et originale sur l'absurdité de certaines interdictions, Mar Pavón compose une galerie de personnages surréalistes qui nous intriguent dès le premier instant.

    De son côté, l'illustrateur portugais João Vaz de Carvalho relève brillamment le défit de mettre en image de curieux protagonistes, utilisant une perspective pleine d'imagination. La proposition de ces deux auteurs provoque le sourire à tout moment. L'artiste portugais montre une généreuse palette chromatique de couleurs chaudes où les blancs et les rouges donnent le ton dans des illustrations clairement narratives, qui complètent le texte tout en conservant un équilibre structurel dans l'apport d'information de chacune des doubles pages qui composent l'histoire. La typographie est la clef qui aide à souligner certains moments narratifs qui nourrissent l'histoire tout en permettant une lecture aisée ; son rôle dans cet album est capital, surtout vers la fin du livre, où le dénouement intervient avec l'apport du narrateur, qui propose une solution au problème posé et ferme une oeuvre pleine d'humour du début jusqu'à la fin.

  • Ce conte a connu un large éventail de versions au-delà de Perrault ou des frères Grimm. Roald Dahl ou Gianni Rodari l'ont revisité avec humour pour habiller en jaune le Petit Chaperon rouge ou le munir d'une arme pour obtenir un manteau bien chaud en peau de loup. Dans cette réinterprétation du classique, l'auteur et l'illustrateur jouent avec la double complicité du lecteur et de l'héroïne du conte. On présuppose que les deux connaissent le développement de la version populaire plus répandue.
    L'histoire ne se déroule pas comme d'habitude, ce qui déroute le lecteur et l'héroïne. L'auteur la situe à côté du lecteur qui se pose les mêmes questions qu'elle face aux évènements et au comportement inusité des personnages.
    L'originalité de cette version est renforcée par le travail de Mikel Mardones. D'abord, l'illustrateur brise l'archétype physique qui fait partie de l'imaginaire collectif d'une fille aux tresses blondes et au visage doux en incorporant des personnages amusants et extravagants : un hibou et un cochon. Avec ces deux compagnons de voyage du Petit Chaperon rouge, l'illustrateur enrichit la galerie de personnages (limités au loup, au bûcheron et à la grandmère) et offre une histoire parallèle, qui nous invite à faire des relectures. Il dit qu'ils sont « des observateurs curieux » qui ne dérangent pas la randonnée de la petite jusqu'à la maison de sa grand-mère. « Le parcours que fait Petit Chaperon rouge est un soliloque presque ininterrompu jusqu'à la fin. C'est pour cela que, les endroits par où elle passe devaient jouer un rôle principal et avoir une certaine personnalité ».
    Mardones crée une atmosphère onirique par le biais de la pigmentation fluide qui étaye la forme et le volume. Il exécute ses illustrations tout d'abord au fusain. À la fin, il applique des couches épaisses de peinture en essayant d'éviter les retouches, « même si elles sont toujours nécessaires », comme les contes classiques.

  • Troc

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    • Oqo
    • 20 Février 2013

    Les contes nous renvoient à un monde fantastique et, pour y entrer, quoi de mieux qu'une chaise spéciale, dans un coin confortable destiné à la lecture ? La brebis Catherine se régalait avec son livre quand. elle tomba par terre et du coup elle n'avait plus de chaise pour continuer sa lecture !
    C'est là que commence le troc : chaise contre tabouret, tabouret contre canapé, canapé contre fauteuil à bascule.
    Et Catherine est toujours disposée à échanger ou à essayer de nouveaux sièges pour pouvoir finir son histoire. Entre troc et troc, Catherine nous raconte au fil des pages qu'elle lit une histoire très connue : le loup frappe à la porte, démolit la maison de paille, souffle sur la porte de la maison en bois. Le loup, mangera-t-il les trois petits cochons ?
    Un conte qui en cache un autre et où l'auteur développe une trame circulaire simple, dynamique et très efficace qui favorise l'expérience de la lecture.
    L'illustratrice fait passer d'un conte à l'autre les personnages qui interagissent dans deux mondes fantastiques parallèles jusqu'au dénouement heureux pour les héros des deux mondes.
    La technique est celle de la gouache sur papier aux couleurs qui s'alternent en fonction des espaces pour transmettre les émotions des différentes scènes. Les compositions attirent le regard curieux du spectateur qui devra mettre en jeu sa capacité de fabulation pour découvrir « les autres petits héros » dans les scènes du plan réel. L'univers de Catherine présente des personnages anthropomorphes qui ont des caractéristiques propres aux objets qu'ils transmettent, ainsi nous trouvons Ouragan, un cheval romantique et fascinant avec sa crinière au vent ; Récarédo, un coq exubérant avec une crête énorme et de belles plumes ;
    Narcisse, le cochon pomponné comme un dandy élégant et Catherine elle-même, avec son épais et chaud manteau blanc en laine. Tous ces personnages fournissent des modèles pour aider les lecteurs de différents âges à trouver leur propre chemin.

  • Je voyage heureux dans ce vaisseau.
    TOUM-TOUM... TOUM...TOUM.
    C'est le bruit des moteurs.
    Je n'ai pas de boussole ni de carte pour me guider.
    Un jour j'ai ouvert les yeux et je me suis retrouvé ici, en train de voyager quelque part.
    Comment suis-je arrivé dans cette capsule ? Je ne me souviens pas...
    Où vais-je ? Je ne sais pas...

    Cette histoire expose le début de la vie humaine à la première personne. Un bébé dans le ventre maternel parcourt un univers inconnu dans une capsule. Les battements du coeur de sa mère sont pour lui des bruits de moteurs qui le rassurent. Le lecteur accompagne ce voyageur en quête d'identité, interprétant avec lui un monde qu'il ne voit pas, qui ne lui arrive qu'à travers un fleuve qui le baigne dans ses histoires.Surgissent alors les grandes questions : Où allons-nous ? D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Que veut dire naître ? Naître, est-ce comme mourir ? Au fil des pages nous devinons un monde où il y a du bonheur et de la tristesse. De son point de vue, le héros comprend que les larmes sont la langue que l'on parle quand on ne comprend pas le monde. Il perçoit des sensations comme la peur, le doute, la curiosité et aussi l'espoir.

    Mais un jour le vaisseau s'abîme et il en sort expulsé. Il a peur. D'une certaine façon, la naissance est vécue comme une expérience de mort dans ce qui fut son seul paradis connu : le ventre maternel. Mais, le voyage continue dans un nouvel univers où il n'est plus seul, car des mains l'attendent à la fin de sa chute.

    L'illustrateur conçoit le ventre maternel comme un vaisseau spatial et le héros comme un astronaute qui débute à la fois un voyage vers lui-même et vers le monde extérieur. D'où l'idée de représenter un monde flottant, surréaliste, intemporel qui peu à peu se matérialise. Il imagine l'extérieur à travers les yeux du héros et représente une réalité délibérément confuse, innocente et, parfois, avec des clins d'oeil humoristiques provoqués par le désarroi du bébé- astronaute qui essaye de construire un monde qu'il ne connaît pas encore. Pour ce faire, il combine des dessins au crayon avec des collages de photos, qui construisent un monde intérieur et extérieur qui va de la rêverie à la réalité.

    Dans ce voyage sensoriel, l'illustration, poétique et subtile, façonne les voix et les sons imprécis que le bébé perçoit, ainsi que les couleurs qu'il commence à deviner comme par exemple les rayons du soleil qui se faufilent dans son vaisseau. Du point de vue chromatique, les ocres dominent et alternent avec le rouge de la vie. Le bleu représente le ciel et le milieu aqueux où le héros voyage et imagine le monde.

    L'illustrateur nous offre dans les pages de garde un amusement sous forme de voyage maritime et aérien de l'Espagne à l'Italie. Mon premier voyage est sa première oeuvre.

  • Moana veut connaître de plus près les timides habitants de son île, les crabes violonistes, et elle s'efforcera pour y parvenir.

    Avec cet album, Xavier Queipo nous rappelle qu'il y a toujours de nouvelles choses à apprendre. Il suffit d'avoir envie de les découvrir. Nous pouvons apprendre par nous-même... ou de ceux qui savent davantage : des adultes par exemple, qui gardent de véritables trésors de sagesse prêts à être découverts.

    Les illustrations de Jesús Cisneros sont très suggestives. L'illustrateur réserve le premier plan aux figures, souvent humaines : des formes stylisées et élégantes. Les fonds, par contre, apparaissent atténués, créés à partir de taches de couleur. Il opte pour une palette de couleurs douces, sauf pour le bleu, couleur qui ne passe jamais inaperçue dans les compositions et qui brille avec une force spéciale dans cette île mystérieuse.
    Un bel album qui naît de l'envie de savoir. Envie très présente chez les enfants et que les adultes ne devraient pas perdre.

  • Un jeune roi hérite d'un royaume immense, mais il hérite aussi d'une dette envers un malveillant cavalier Noir. Son père, l'ancien roi, avait été un peu prodigue et un dévergondé. Le cavalier, noir de colère, lui demande l'argent en le menaçant de recevoir son compte s'il ne paie pas sa dette.

  • Fumée

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    « Je rêve d'un dragon vert à la langue noire qui veut m'avaler. Les maisons sont vertes aussi, comme l'herbe de notre jardin avec balançoire, où autrefois nous jouions au ballon papa et moi. Il me manque beaucoup. Maman me dit que nous allons bientôt nous réunir ».

    Ce texte décrit la vie dans les camps de concentration, et parle des mondes personnels et familiers que le nazisme détruisit en les transformant en un silence gris et blessant.
    Séparation, solitude et nostalgie sont omniprésentes ; le souvenir aide à fuir l'isolement et le déracinement et, ouvre la voie - dans le camp inhospitalier (lager) - à l'amour, l'amitié et la solidarité : bref à l'humanité.
    Toute violence est injustifiable, celle qui anéantit l'innocence l'est davantage. Le héros anonyme découvre la réalité, filtrée avec son souvenir d'un passé meilleur. L'éveil lui fait mal et le conduit à un apprentissage rapide : la dureté de la situation et l'instinct de survie l'obligent à devenir responsable.
    L'innocence plus que l'impuissance marque le dénouement. Les innocents ne survivent pas, disait Primo Levi ; c'est le prix pour voir la lumière : la main de Django effaçant pour toujours la peur et écrivant avec de la fumée une parole magique sur le ciel de Pologne.

    L'histoire bouleversante d'Antón Fortes et les belles images d'une grande intensité de l'illustratrice polonaise Joanna Concejo reflètent la réalité du héros qui devient chaque fois plus dure, exacerbant les souvenirs de la vie d'où il fut et furent tous arrachés.

  • Titiritesse

    Xerardo Quintia

    • Oqo
    • 6 Mars 2008

    Titiritesse habite dans le royaume d'Avant-hier. Sa mère Mandoline rêve de voir sa fille bien mariée et essaye de lui donner une éducation digne d'une princesse de son rang ; mais sa fille refuse la vie conventionnelle qui lui est imposée et ne partage pas les aspirations de sa mère. Face à l'arrivée imminente d'une institutrice, Titiritesse décide de fuir du palais pour vivre des aventures fantastiques et amusantes : visiter un inventeur de mots, affronter un monstre terrible, connaître une autre princesse aux lèvres sucrées...

    Un conte osé qui aborde l'homosexualité féminine avec humour, naturalité et fraîcheur et célèbre l'amour sans préjugés, mais avec la sensibilité nécessaire pour un jeune lecteur au moment de son éducation affective. Avec un style tout personnel, Maurizio Quarello dévoile peu à peu la personnalité des personnages au rythme du texte, et transmet de manière efficace un message de normalité et de vraisemblance, tout en évoquant avec maîtrise les sentiments qui envahissent une personne lorsqu'elle grandit et vit son premier amour.

  • Raiponce

    Iratxe López De Munáin

    • Oqo
    • 24 Avril 2013

    Un homme et sa femme vivaient dans l'amertume, car ils n'avaient pas d'enfants. Finalement, le couple vit son voeu accompli : ils attendaient un bébé ! Un jour où la femme se sentait très faible, elle demanda à son mari de lui cueillir des raiponces, le meilleur remède contre les malaises des femmes enceintes, dans le jardin voisin où vivait une magicienne dotée d'un grand pouvoir et que tout le monde craignait dans la vallée.
    - Comment oses-tu voler mes raiponces ? Cela te coûtera cher ! Vous devrez me donner l'enfant que ta femme va mettre au monde...
    Affligés, les parents donnèrent leur petite fille nommée Raiponce. Quand elle eut douze ans, la magicienne l'enferma dans une haute tour, de peur qu'elle ne parte.
    Elle y passa ses journées à défaire ses tresses par la fenêtre pour laisser grimper la magicienne. Un jour un prince vit Raiponce et en resta envoûté... Dans la plupart des versions de ce conte classique des frères Grimm, la femme enceinte apparaît comme un être capricieux et égoïste qui a envie de fruits : pêches, pommes... en fonction des adaptations. Mais cet album casse cette tendance et présente la future mère comme une femme intelligente, préoccupée par sa santé, qui connaît les propriétés thérapeutiques des plantes, qui demande des raiponces pour soulager son malaise pendant la grossesse. Ainsi, face aux versions qui reprennent le mythe biblique du châtiment après le vol du fruit interdit, cette proposition revendique la connexion féminine avec la nature dans un double sens : la plante qui favorise une bonne grossesse et qui par ailleurs a des propriétés cicatrisantes, c'est pour cela que les larmes de l'héroïne guérissent la cécité du prince. L'auteur présente des personnages éloignés des stéréotypes des contes de fées. Dans cet album la propriétaire du jardin de raiponces n'est pas présentée, ni dans le texte ni dans l'illustration, comme une sorcière mais comme une magicienne dotée d'un grand pouvoir et comme une « mère surprotectrice ». Le lecteur est témoin du changement et de la croissance de Raiponce, ainsi que de sa capacité à vaincre ses peurs pour pouvoir continuer son chemin. Les illustrations sont nettes et claires, réalisées avec des crayons et des gouaches, « une technique avec laquelle je me sens très à l'aise et qui m'a aidée à travailler avec des images aux ambiances simples, vides et atmosphériques où les personnages et les situations attirent toute l'attention ».
    L'action se déroule dans des scènes atemporelles pour évoquer la sensation d'universalité. Les pages de garde nous présentent la fleur bleue de la raiponce à peine présente dans les versions précédentes, comme un dernier clin d'oeil à l'amour de l'héroïne et du prince.

  • Un chien fait connaissance avec un chat.
    Le chien dit : Ouah !
    Le chat dit : Miaou !
    Mais ils n'arrivent pas à se comprendre.
    Deux animaux se rencontrent, jouent, se fâchent, se séparent, se manquent... et commencent à jouer de nouveau.
    Dans l'enfance, les conflits entre amis sont habituels. Les émotions s'accompagnent de manifestations corporelles, de changements d'humeur... Ces changements déstabilisent et entraînent des irritations et des comportements négatifs, d'où l'importance de chercher des mécanismes pour maîtriser la situation et favoriser l'auto contrôle et le bien-être. Cette histoire simple entre un chien et un chat aide à projeter des situations conflictuelles dans l'esprit des enfants et à les comparer, consciemment ou inconsciemment, à d'autres expériences émotionnelles.
    Comme dans cette histoire, le bonheur et l'acceptation de l'autre nous font du bien et transforment la mauvaise humeur en optimisme. « Un chien et un chat : comme un père et un fils, comme deux frères, comme un couple, comme les grands-parents, comme toi et moi.
    Comme un chien et un chat », dit l'auteur. Des collages sur fond blanc rehaussent l'explosion de couleurs et de formes et mettent en valeur certains éléments ou certains personnages pour donner du dynamisme à l'histoire.
    L'illustrateur conçoit le chat en tons chauds et le chien en tons froids pour signaler qu'ils ont des « natures différentes ». Cette différence s'accentue dans la première de couverture où les personnages sont séparés par un abyme, même s'ils s'approchent par curiosité. Dans les pages de garde, chacun vit dans son monde solitaire avant de connaître l'autre.
    La composition et la disposition des éléments dans les illustrations s'adaptent parfaitement à l'esprit du texte. Ce livre est une proposition originale pour se régaler à partir de trois ans.

  • Les sept frères chinois étaient six.
    Même si, au début de cette histoire, il n'y en avait que cinq.
    Ils vivaient près de la mer.
    Personne ne pouvait les distinguer car ils étaient tous pareils.
    Pour ne pas les confondre, leur mère les appelait tous Li.

    Tout individu est différent de tout autre et a des aptitudes qui lui confèrent une personnalité unique.
    Dans cette adaptation de la tradition chinoise, les frères essayent, grâce à leur similitude et à leur habileté, de sauver le plus grand Li, injustement condamné par la mort d'un garçon victime de sa propre avarice.
    Finalement, les larmes du sixième Li, inconsolable à cause du terrible sort réservé à son frère, réussissent à éviter une mort sûre dans la famille, malgré l'acharnement d'un empereur qui semblait invulnérable. Comme dans le cas de David et Goliath, ici un infortuné est capable de vaincre l'empereur omnipotent.
    Ce conte démontre que les sentiments sont l'arme la plus puissante et que la plus grande force est celle du coeur.
    Comme dans le texte où il y a un jeu d'échange entre les frères Li pour dérouter les gardiens, l'illustrateur propose un autre jeu : parcourir comme dans un labyrinthe les lignes avec lesquelles il construit les personnages et les actions. En s'inspirant du Tangram il construit un cassetête de lignes qui se croisent et se décroisent ; parfois elles sont parallèles ; d'autres fois elles s'affrontent entre elles et suivent des chemins opposés pour ensuite se juxtaposer dans une rencontre stratégique.
    « Les lignes sont la matière corporelle de ce jeu », souligne l'illustrateur. De son univers créatif surgit une proposition synthétique, apparemment simple, mais derrière laquelle se cache une grande élaboration conceptuelle. La palette de couleurs obéit également à des critères de cohérence et d'intentionnalité.
    Le résultat final : des schémas iconographiques défiant le lecteur qui joue le jeu de la lecture dans un album qui exige de regarder autrement et de comprendre les concepts et les abstractions à travers l'image.

  • Jack et la mort

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    • Oqo
    • 31 Octobre 2013

    Jack rencontre la Mort et, comme il présume qu'elle vient chercher sa mère malade, il élabore un plan pour se débarrasser d'elle. Usant de sa ruse il parvient à attraper le sinistre personnage dans un flacon ; mais les conséquences de ce confinement sont déconcertantes : rien ne peut mourir. Ce qui au début était une cause de joie - la mère se rétablit subitement de sa maladie grave - devient finalement un chaos.

    Jack et la Mort est une version du conte traditionnel anglais La mort attrapée dans une noix, créée par le prestigieux narrateur Tim Bowley.

    Jack, est un trickster, il désobéit aux règles établies et déclenche le désordre, une situation bizarre qui nous aide à mieux comprendre la nature et le comportement humain. Ici la mort apparaît sereine, tranquille et inhérente à l'existence.

    L'auteur insiste sur l'idée de présenter la mort non pas comme une ennemie de la vie, mais comme l'autre face de la même monnaie : l'une n'existe pas sans l'autre. L'illustratrice crée de belles métaphores visuelles, dramatiques, poétiques. Au fil des pages, une corde rouge se tend, se noue, s'embrouille comme la nature changeante de la vie : parfois simple, parfois compliquée.

    La mort tient un bout de la corde et tire lentement. Des fleurs qui poussent, qui se fanent et meurent, des graines dispersées dans l'air qui volent vigoureusement et laissent une trace de la vie qui s'éteint... La mort a un grand pouvoir, elle prend tout ce qu'elle veut, sans demander la permission, ses grandes mains détachées de son corps sont le symbole de ce vol. Elle possède, de plus, une collection de masques pour mettre sur les visages des personnes quand elles meurent.

    Le masque choisi pour la mère de Jack montre un sourire, elle meurt en paix. L'illustratrice rajoute un personnage qui n'apparaît pas dans la narration pour atténuer la solitude de Jack : un chien fidèle qui l'accompagnera tout au long de l'histoire et au moment le plus dramatique. C'est un album qui imite la nature de la vie et cache des subtilités qui exigent un examen minutieux pour être découvertes.

  • L'atelier de coeurs

    ,

    • Oqo
    • 19 Octobre 2011

    Quand la nuit arrive et que le silence de ceux qui rêvent inonde la ville, de l'atelier de coeurs surgissent des sons mystérieux, car... Mathias a un secret.
    L'atelier de coeurs parle d'un artisanat merveilleux. Il ne s'agit pas de réparer les chaussures ou les meubles, ni de rafistoler les pantalons décousus. Mathias, le héros, répare avec soin les coeurs brisés.
    Son travail ne ressemble pas à celui d'un cardiologue et son atelier n'a aucune similitude avec une salle d'opération. Dans son poêle, il réchauffe les coeurs gelés. Avec des aiguilles d'argent, il coud les coeurs brisés et, avec des pinces d'oubli, il règle l'heure des coeurs qui retardent pour qu'ils ne soient pas tristes à cause des souvenirs du passé.
    Le temps qui passe adoucit les « maux de coeur ». Ici l'auteur nous fait rêver avec la possibilité de guérir les dégâts émotionnels utilisant un remède simple, comme on le ferait avec un ourlet décousu ou un talon cassé.
    Mais, il n'y a pas de froideur dans le travail du héros ni dans la naration, tendre, de l'auteur conscient du symbolisme affectif attribué universellement à cet organe. Impossible de ne pas être touché par le secret de Mathias qui dévoile une générosité sans limites et la capacité de sacrifice de celui qui aime pour de vrai.
    Cet atelier et son occupant existent grâce aux images de Gabriel Pacheco.
    L'illustrateur joue avec deux couleurs indissociables du coeur :
    Le rouge du sang qui est pompé à travers nos veines bleues.
    « On dit que notre coeur est gros comme un poing. Si c'est vrai, que celui des amoureux soit comme une main ouverte d'où s'envole la vie », dit Pacheco. Ses personnages sont délicats et éthérés.
    Un collage de tissus fleuris qui grimpent aux arbres renforcent l'idée de printemps dans le « jeu incessant tissé par le fil du temps ».
    Le fil est une image récurrente, complémentaire au texte d'Arturo Abad et conductrice de la narration visuelle. L'illustrateur dit que « nos coeurs se tissent avec le fil qui féconde, qui se met en pelote, qui est une chrysalide en fleur : cette promesse qu'est la vie même ».
    Les boîtes de conserve sont aussi présentes de façon symbolique : « rien n'est perdu, nous pouvons toujours commencer des choses nouvelles : c'est comme une conserve qui roulerait et se perdrait dans le temps jusqu'à ce que le printemps renaisse comme une fleur dans son pot ». Ainsi naît l'amour ou ainsi le voient et le racontent Gabriel Pacheco et Arturo Abad.

  • Une vieille très vieille et un vieux très vieux rêvent d'avoir un bébé. Seulement ils ne savent pas comment faire. Après diverses tentatives farfelues, après avoir même demandé l'aide des rois et des cigognes, ils en arrivent à la conclusion suivante : faire un enfant c'est trop compliqué. Un jour pourtant, la petite vieille a une idée...

    Avec un humour fin disséminé dans les plus petits détails, cette version libre d'un conte traditionnel mongol joue avec l'éternelle question : d'où viennent les enfants, et aborde parallèlement le thème de l'âge et de la procréation. Cette histoire, dotée de différents niveaux de lecture appuyés par l'image, émerge de manière inattendue d'une culture où il semble qu'à partir d'un certain âge on ne peut plus rien attendre de bon. Bébé Moustaches réserve un dénouement surprenant qui fait la lumière sur un point de vue différent sur les relations humaines et le fait de vivre intensément, invitant à concevoir la vieillesse comme un privilège et à revendiquer le droit à l'amour et au plaisir à tous les âges.
    Au-delà des changements physiologiques, la parole, les sentiments et le désir peuvent rester intacts tout au long des années. Une histoire pour tous les âges.

  • Mais que se passerait-il si les chats portaient des bottes ?
    Tous les chats ne portent pas de bottes, toutes les sorcières ne sont pas méchantes et tous les princes ne se transforment pas en grenouilles. Tout ça, ce sont des contes ! (ou non)

  • Les Énormes s'en allèrent passer la journée à la plage.
    Après avoir sauté dans les vagues, fait des châteaux de sable, cherché des coquillages et joué avec le cerf-volant, l'heure du déjeuner arriva.
    Tous les cinq s'installèrent sous le parasol et firent un sort aux casse-croûte.
    Alors Père dit :
    - Les enfants, c'est l'heure de faire la sieste.
    Grand, Moyen et Petit s'allongèrent sur leurs serviettes.
    Petit protesta :
    - On ne peut pas dormir si tu ne nous racontes pas une histoire.

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