• Avec Mario Conde, Leonardo Padura crée un personnage qui lui ressemble et qui exprime ses préoccupations face à la réalité cubaine. Dans La neblina del ayer, Mario Conde obéissant à son instinct, infaillible lorsqu il était flic, part à la recherche d'une chanteuse de boléro des années cinquante que tout le monde a oubliée. Cet ouvrage analyse le dernier opus de Leonardo Padura, mettant en scène « l'incorrigible brasseur de souvenirs » qu'est le Conde, en suivant une double thématique, celle du boléro : désenchantement, trahison, nuits ardentes, amours malheureuses, tragédie de la vie et celle du roman noir : doute, culpabilité, incertitude. Dans une île en proie à la pénurie et à la débrouille généralisée, la bibliothèque découverte par Mario Conde sera le point de départ d'un voyage dans l'espace et dans le temps pour aboutir à un bilan qui est l'essence même du polar : la responsabilité collective.

  • Est-il possible de parler de paysage sans se référer à la peinture ? Dérivée de pays et prononcée pésage (1549), la notion elle-même ne nous y invite guère, qui a pour origine le vocabulaire pictural. Mais si le terme date de la Renaissance, l'objet et le rapport à l'objet qu'il désigne existent, dans les Lettres, depuis que des textes décrivent un fragment de pays. La description écrite ou chantée de « toute étendue de terre que la nature présente à l'observateur » (si l'on s'en tient à la définition encyclopédique précède chronologiquement le concept technique de paysage, qui aura la fortune que l'on sait.
    L'histoire du paysage se donne pour fondement le Critias de Platon, un texte voué à l'Atlantide, continent fabuleux dont il ne reste que des vestiges écrits et des reliefs hantés. La description des lieux donne sans doute à « voir », mais plus qu'aux yeux du corps, à ceux de l'intelligence et du rêve. Dès lors, pourquoi ne pas jouer avec les mots et dire les « reliefs du texte » comme on le dirait d'un repas ? La page écrite a déjà été comparée à un paysage vertical, une « cité fortifiée » (Antoine Compagnon) et il est vrai que sa « surface » est escarpée et hérissée de tous les accidents de la polysémie.
    Ce sont les pratiques descriptives fondatrices de ces espaces stylisés par la langue, territoires urbanisés ou naturels, sauvages ou maîtrisés, géographiques ou fantastiques - d'Europe ou d'Amérique - que ce volume, issu des travaux du groupe de recherches trans-disciplinaires du Laboratoire 3L.AM de l'Université du Maine a pour vocation d'explorer. Toutes les modalités de l'écriture littéraire ont été convoquées (dans les langues anglaise, espagnole et latine) avec pour objectif d'arpenter les reliefs du récit descriptif, de tracer les contours d'une poétique du paysage - de contester s'il y a lieu, le paradigme « pittoresque » et l'apparente primauté de la vue.

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