• À la fois fiction et méditation poétique, Les clandestins du jour est l'histoire d'un amour sans paroles ; c'est aussi celle d'un dialogue amoureux entre le ciel, la terre et les vastes étendues, celle d'un décryptage des existences marquées par l'errance urbaine et les hautes solitudes, le chemin d'habiter poétiquement le monde.
    Une rencontre. De l'autre côté de la mer. Ou sur quelque terre lointaine, près du fleuve, dans une cité du sud aux ruelles labyrinthiques écrasées de lumière. Là où le temps se retire pour laisser place aux imaginations.

  • Cet "Éternité et après", douzième tome de L'Europe et la Profondeur, apparaît comme un ouvrage de transition faisant passer le "grand récit " de Pierre Le Coz d'une écriture encore structurée en chapitres - comme c'est le cas dans la première partie de cette Éternité ("le repos pendant la fuite en Égypte") - à une autre qui, elle, ne se développe plus qu'en la forme de "Variation" (au sens musical) brassant tous les thèmes précédemment abordés dans le cours de cette Profondeur ("Cahiers de L'Europe et la Profondeur").

    Ce pour quoi le lecteur qui prendra le risque de s'aventurer en ces "landes sauvages"-scripturaires ne devra plus tant y rechercher l'exposé (peu ou prou désormais intempestivement "didactique") d'une "pensée", fût-elle "la plus profonde", que la confrontation avec l'a-byssalité que recèle en essence l'"exercice de toute pensée". Par quoi, ce qui était à l'origine l'emprunt par ce même lecteur d'un chemin censé le conduire vers une "vérité" (peu importe laquelle) se transforme insensiblement en l'apprentissage d'un vertige (pensif-scripturaire)... où il s'agit, pour le lecteur comme pour l'auteur de ce livre, en se déshabituant progressivement de tout, non plus tant, justement, de "penser" que de sonder.

  • Huit fictions qui plongent le lecteur dans un univers sombre et initiatique dont le voyage ou la guerre, l'errance urbaine ou l'écriture, l'exil ou la passion érotique sont les éléments cardinaux. On y croise notamment un enfant autiste, un vieux templier exilé au fond de sa Commanderie, un soldat Orlov, un homme épris d'un étrange tableau à Essaouira, et qui sait, Albertine disparue...

  • On me crie de Séir :/« Veilleur, où en est la nuit ?/Veilleur, où en est la nuit ? »/ Le Veilleur dit :/« Le matin vient, et la nuit aussi. » À partir de cette citation du prophète Isaïe, Pierre Le Coz a bâti une de ses vastes méditations dont il a le secret ; et méditation en laquelle, sur la base notamment d'interprétations approfondies du « Christ aux oliviers » de Nerval, de la Noche oscura de saint Jean-de-la-Croix, du Macbeth de Shakespeare, de poèmes « nocturnes » de Philippe Jaccottet et des Apports à la philosophie d'Heidegger, est examinée la nature très particulière de ce où « où en est la nuit ».
    Mais, comme d'habitude chez Pierre Le Coz, ces analyses, qui pourraient sembler relever des seules catégories de la métaphysique ou de la « mystique », ne cherchent rien d'autre qu'à jeter le regard le plus lucide et le plus « pratique » sur notre présente situation, époquale et spirituelle : tant, pour cet auteur, la pensée, fût-elle « la plus profonde », n'a d'intérêt que si elle cherche à opérer dans son « siècle sien ». Ce pourquoi, faisant suite à ces analyses de textes littéraires ou philosophiques, on en trouvera d'autres qui elles - pour examiner notamment le processus à l'oeuvre en nos temps « spectaculaires » de la « dissolution de la vérité » - ne dédaignent pas de s'attaquer à des sujets de l'actualité la plus triviale : la disparition mystérieuse d'un avion dans le ciel d'une planète supposée « sous contrôle », le livre de « révélations » d'une ex-première dame, une jacquerie en Bretagne, le succès planétaire d'une série télévisuelle d'« héroïc-fantasy », la montée en puissance d'un parti « populiste » en France ou d'un autre « islamophobe » en Allemagne, un attentat islamiste à Paris, etc.

    En ce sens, ce Veilleur, neuvième tome de L'Europe et la Profondeur, ne propose rien d'autre à son lecteur qu'une « plongée sans frémir » en les ténèbres extérieures de sa propre époque et une confrontation avec le vertige, « époqual et spirituel », qui surgit de cette plongée-même ; et confrontation qui oblige ce lecteur, pour reprendre les termes de l'énigmatique parole du Prophète, à se déterminer sans faux-fuyant entre la possibilité d'un « redressement » (la « venue du matin ») et l'abandon toujours plus séduisant à un « déclin » présenté comme irrépressible (le prolongement - en le mode de son épaississement indéfini - de « la nuit »).

  • L'essayiste entend réhabiliter le silence, source de toute création et donc porteur de sens.

  • Dixième tome de "L'Europe et la Profondeur", cette "Porte sur l'été" est sans doute le plus "politique" des volumes du "grand récit" de Pierre Le Coz. A côté d'analyses de certaines thématiques littéraires, philosophiques ou théologiques (la "vérité", le "temps", l'"ennui"...), on voit se succéder des considérations relatives à des sujets plus actuels tels que les raisons du vote "populiste", les "théories du complot", l'"insécurité", etc., tant il est apparu évident à l'auteur que l'urgence, ici, était de "débroussailler les chemins de la vérité".

  • Dans ce treizième tome de L'Europe et la Profondeur, à partir d'analyses, tant picturales (Cézanne, Van Gogh, Lascaux, Vermeer, Picasso) que poétiques (Rimbaud, Hôlderlin, Rilke), Pierre Le Coz ne tente rien de moins que de raconter l'histoire des rapports que, depuis son origine, l'espèce humaine entretient avec l'image. Et cela comme si la capacité de cette espèce à "fabriquer des images" constituait, avant même peut-être le langage, sa véritable essence : de signature donc, non tant d'abord "poétique" que picturale. L'homme, avant que d'être l'homo sapiens de notre moderne anthropologie, serait-il cet homopictor: la créature qui, pour avoir loisir de configurer le chaos phénoménal d'un "univers sans images" (Rimbaud) en un monde de/du sens, doit faire passer cet univers au filtre de l'élaboration - par traitement préalable de celui-ci en "motifs" - de telles images ?

    Il faut donc lire ce Paradis des orages comme une sorte de plongée généalogico-pensive dans l'abîme du temps en direction de l'origine de notre propre espèce : comment l'homme est devenu "humain" par cette faculté qu'il a développée de tirer-"figure"-de/isoler-en-"motifs" les choses qui l'environnent. Faculté toutefois, qui, tout en ayant fait de lui ce "configurateur-de-monde" (Heidegger), trouve aujourd'hui sa sanction comme "hubristique" - en le mouvement de l'oubli de cette même essence picturale - dans cette inflation du procédé de l'image qui semble être comme la signature de notre époque. Ce pour quoi ce Paradis - de tonalité le plus souvent, dans le cours de sa rédaction, analytico-picturale - s'achève par un long examen du concept debordien de "Spectacle", avatar moderne- marchand de l'ancienne idolâtrie.

    Par quoi l'ouvrage, après cette exploration de l'origine ontologico-iconique de l'humanité, revient à des questions, elles, très actuelles et, pour cette humanité-là: la nôtre, tout ce qu'il y a de plus crucial : celles qu'avaient déjà abordées - quoique par des biais, selon, plus "philosophiques" ou plus "théologiques", voire très "politiques" - les tomes précédents du "grand récit" de Pierre Le Coz.

  • Ce sud marocain, à la limite extrême du Sahara, constitue selon l'auteur, une certaine alliance entre la brûlure la plus ardente et la plus haute douceur - ce commencement du terrible dont Rilke nous dit qu'il est la vraie définition du beau.
    Car c'est bien la proximité de ce terrible - celui du désert comme celui de l'océan - qui fait de ce pays le creuset de toute merveille ; comme elle réveille aussi en nous un certain sens du paradisiaque que l'Occident a depuis longtemps oublié.

  • Le rêveur de Margeride

    Pierre Le Coz

    • La lauze
    • 2 Septembre 2007

    Une femme, béatrix, et son enfant, martin, vivent seuls au coeur d'un des paysages les plus rudes, les plus désolés de france : le plateau de la margeride en auvergne.
    Un homme, françois, qui les a connus, raconte leur histoire au narrateur : comment béatrix, après la découverte de l'autisme de son fils, a choisi de venir habiter ce désert, loin de son pays d'origine, loin surtout de son passé dramatique. c'est l'histoire de leur amour puis de leur séparation qu'il évoque pour nous, mais aussi le " cas " de martin qui jamais ne parla - martin, enfermé dans un songe trop vaste pour lui, " ange en exil sur la terre ", est lui le vrai " rêveur de margeride ", le centre muet du dispositif de monts, de forêts, de landes et de nuages qui composent le décor de ce roman.

  • Le Secret de la vie, cinquième tome de L'Europe et la Profondeur, tout en apportant des réponses pratiques à certains questionnements soulevés dans les livres précédents, médite la situation de l'ensemble de l'ouvrage qu'il fait venir comme appartenant au genre du « grand récit » en l'opposant à celui aujourd'hui dominant du « petit traité », attaqué ici avec virulence. La tonalité de ce Secret est donc (notamment dans sa quatrième partie) nettement plus polémique que celle des autres tomes, son auteur n'ayant jamais cru qu'on arrivait à quoi que ce soit dans l'ordre de la pensée en ménageant ses contemporains. C'est même tout le contraire qu'il s'est proposé ici : écrire un livre résolument « injuste » et « excessif » afin que soit clairement indiqué au lecteur la frontière qui sépare désormais cette Profondeur des autres ouvrages de philosophie de son temps.

  • En dix itinéraires mariant histoire et dérive légère, l'auteur trace pour vous dans la ville un parcours en rouge et vert, un autre où le temps s'est endormi, un autre encore au royaume du fleuve descendu des Pyrénées. Insolite, authentique et féerie se combinent en une urbanité nouvelle, à la fois rêveuse et exigeante. Des mondes inattendus se dessinent là où le citadin se déplaçait par habitude.Errance informée, découverte ludique, regard original et chaleureux : le piéton de Toulouse a dans les jambes et dans le regard les clés d'une ville différente tout en étant la même.

  • A la suite d'une rupture amoureuse, le narrateur part à la recherche du nom de la lumière, « l'invisible élément où baignent nos vies ». Mais cette quête, de prime abord poétique voire métaphysique, se déroule tout entière à l'intérieur d'un roman noir où surnagent les figures archétypales de la prostituée au grand coeur et du voyou philosophe. à mesure que la saison s'écoule, le narrateur comprend que s'il veut parvenir au terme de sa recherche, il doit accepter l'épreuve d'une traversée des ténèbres. Récit initiatique, aux accents parfois théologiques, Le Nom de la lumière est d'abord l'histoire d'une folie et de sa rédemption par l'amour.

  • L'Ancien des jours est le 6e tome de "L'Europe et la Profondeur", que son auteur définit comme un "manuel de survie au temps du nihilisme achevé". Cette aventure intellectuelle et spirituelle commencée il y a six ans se propose d'analyser les événements de l'actualité aux lumières de la métaphysique, de la théologie, voire de la littérature, en examinant ici plus particulièrement les notions rimbaldiennes de "combat spirituel" et de "absolument moderne".

  • "Le Royaume est ici mais nous n'en savons rien.
    Le Royaume est cet unique globe d'azur sous la voûte duquel nous vivons et mourons, mais nous l'ignorons encore. Nous n avons pas pour le retrouver, à explorer cette roue d'astres qui lentement se meut au-dessus de nos têtes, nous n'avons même pas à le construire car il est là: toujours déjà donné, gracieusement accordé, d'aucun temps ni d'aucun pays mais pouvant partout surgir dès qu'un homme rencontre sa parole et dès qu'une parole rencontre son lieu.
    Nous avons tous eu l'intuition de sa présence, mais jamais encore nous n'avons su l'aborder. Et quand, par malheur, nous prétendions l'édifier, nous ne faisions qu'instituer l'Empire. Son rêve cependant, depuis le fond des âges, nous hante et nous inspire; son désir nous accompagne durant l'errance et sous la tente étoilée: son rêve et son désir ont fait l'histoire. L'histoire n'est que la longue succession des tentatives des hommes pour conquérir le ciel, pour établir le Royaume dans l'ici et le maintenant.
    Chaque peuple à son tour s'est jeté dans cette aventure fabuleuse, chaque peuple à son tour a régné sur le monde avant de décliner. Car le Royaume n'appartient à personne, il ne peut être conquis ni par la violence, ni par la sagesse; il ne peut être que donné ou perdu, accordé ou repris. Le Royaume n'est aucune utopie. L'erreur de l'utopie n'est pas d'avoir voulu combattre le malheur mais d'avoir voulu l'exterminer.
    Ce faisant, elle l'a répandu partout, contaminant les sources même de la joie. Le malheur ne peut être supprimé car il est l'incompréhensible, la lumière secrète à laquelle fleurit ou se fane toute joie. Si le soleil chaque soir ne replongeait dans l'informe de la nuit, ne se ressourçait aux forces de chaos et de destruction, il ne pourrait jaillir à l'aube aussi neuf et aussi radieux. Si la terre, à chaque crépuscule, ne se refermait sur son antre de noirceur et d'épouvante, elle ne pourrait pousser au matin ses fleurs éclatantes qui, elles aussi, sont filles de la nuit.
    C'est pourquoi le Royaume n'est pas le lieu de l'absence du malheur: il n'est aucune citadelle préservée dans le ciel ou sur la terre. Le Royaume est l'invisible plan où jouent, combattent et s'épousent détresse et bonheur - l'ajointement secret de toute horreur et de toute merveille. " Avec L'Empire et le Royaume se poursuit la méditation commencée dans L'Europe et la Profondeur et le Traité du Même, ouvrages parus aux éditions Loubatières en 2007 et 2009.
    Un quatrième tome, Le Voyage des morts, est en préparation.

  • Le Traité du Même constitue le deuxième tome de L'Europe et la Profondeur publié en 2007 aux Nouvelles Editions Loubatières. Ici, en bien des points, la philosophie cède le pas à la théologie ; la métaphysique à l'histoire, à la politique et à la critique sociale. Il s'agit maintenant de tirer les conséquences pratiques de ce qui, dans L'Europe et la Profondeur, n'était encore qu'une généalogie de l'Occident. Des thèmes nouveaux ou seulement ébauchés dans le premier livre sont abordés de front, pour certains débouchant sur des analyses de l'actualité la plus brûlante sinon la plus vulgaire de notre monde. C'est ainsi qu'à côté de relectures des grands textes de la tradition littéraire (Dante, Kafka, Chrétien de Troyes, Shakespeare, Dostoïevski, Saint-Simon, Proust, etc.), on trouvera dans ce Traité du Même des examens approfondis de phénomènes très modernes tels que le système néo-libéral, la laïcité, le sionisme, le mouvement caritatif, le persistant malaise de l'école, le « Spectacle » et les émissions de télé-réalité - examens qui, menés dans une lumière historico-théologique, risquent d'en surprendre plus d'un. Si notre temps est celui d'une détresse maximale, il offre aussi, en contrepartie, la possibilité d'assister au dégagement de la signification profonde des choses. En particulier, ce deuxième livre répond à une question qui, jusqu'ici, n'avait trouvé aucune réponse satisfaisante : pourquoi le capitalisme et l'industrie moderne sont-ils nés en Europe ?

    Dans la dernière partie, enfin, une longue analyse de l'oeuvre du romancier de science-fiction Philip K. Dick (les Variations ubikiennes) introduit à la méditation autour de la kénose christique, vrai noyau de l'ouvrage : au « dieu qui se retire » de L'Europe et la Profondeur répond le « dieu qui se vide » de ce Traité, et, en ce « videment », permet l'envoi d'une guise nouvelle de l'être dont la guise technique, aujourd'hui planétairement dominante, n'est que l'ombre portée. C'est leur confrontation de plus en plus visible à mesure que l'époque va vers sa fin - confrontation qui prend l'aspect d'une rivalité entre les deux figures de l'Empire et du Royaume - qui confère aux temps modernes leur tonalité nettement apocalyptique, expression à entendre ici au sens d'une mise à découvert de ce qui est en route depuis le commencement de la piste temporelle ouverte par l'Événement de la Révélation.

  • Les bords du monde

    Pierre Le Coz

    • Apogee
    • 26 Mai 2008

    Le narrateur revient dans son pays d'Afrique après une guerre civile où tous les siens ont été massacrés. Il y fait la connaissance d'une jeune Europénne qui se dit journaliste et qui désire enquêter sur le génocide. Ensemble, ils vont tenter d'en comprendre les raisons, d'un dérouler les fils qui plongent dans le coeur des belligérents, y compris celui des victimes. Récit d'une descente au enfers. Les Bords du monde est aussi le récit d'une guérison : celle de la haine qu'éprouve le narrateur envers l'ethnie adverse par l'amour d'une femme.

  • La taniere du soleil

    Pierre Le Coz

    • Apogee
    • 1 Octobre 2004

    Paix, le salut, peut-être le bonheur. Mais peut-on fuir la violence quand celle-ci est partout, criante ou insidieuse ; quand elle fait la trame des jours, des nuits, des amours ? C'est cette expérience fondamentale que Paul et Nora accompliront au cours de leur périple - jusqu'à la tragédie finale. Un voyage initiatique dont ni la jouissance ni la splendeur ne sont exclues, même si celles-ci apparaissent comme les degrés d'un terrible qui nous menace tous.

  • La médecine a tenu un rôle de premier plan dans la dynamique de protection et de renouvellement de la perception de l'enfance, mais le développement de la médecine de la reproduction a suscité des inquiétudes. Que faire face à la multiplication des naissances issues de manipulations biogénétiques ? L'auteur refuse de choisir entre le fatalisme ultralibéral et le repli réactionnaire et propose une troisième voie qui met en balance la souffrance des couples infertiles et le souci de l'équilibre psychologique des générations futures. Il s'agit ainsi de repenser les pratiques actuelles en balisant le champ d'intervention de la médecine reproductive.

  • Avec ce Pays silencieux, septième et dernier tome de L'Europe et la Profondeur, s'achève l'aventure tout à la fois intellectuelle et spirituelle que constituèrent, pour son auteur comme pour le « petit nombre » de ses lecteurs, l'écriture et la publication de cette Somme, à l'époque des « petits traités » et autres « livres de développement personnel » unique en son genre. L'ouvrage lui-même, présenté successivement dans le cours de son élaboration comme un « roman philosophico-théologique » puis comme un « manuel de survie au temps du nihilisme achevé », vient ici pour ce qu'il était en vérité, mais sans le savoir encore, dès son commencement : rien de moins qu'une aventure du sens, la seule peut-être que puisse offrir à ce « sens » en voie d'extinction notre « temps de détresse », et aventure qui, du fait de cette extinction même, ne peut plus se dérouler aujourd'hui qu'au pays des mots ; ce pourquoi le présent volume s'achève en poème (« La saison spirituelle »). Mais avant cela, et comme à l'accoutumée chez Pierre Le Coz, le lecteur trouvera en ce Pays silencieux des analyses extrêmement approfondies des phénomènes qui défrayent l'actualité la plus concrète de notre début de millénaire, dont ceux de la violence religieuse (« Et ce sont les violents qui l'emportent »), ou de l'explosion de la délinquance (« La vie rêvée des porcs »), ou encore de la présente domination sans partage du techno-capitalisme sur notre monde « globalisé » (« Histoire et historicité ») ; l'auteur de ces analyses étant bien convaincu qu'une pensée qui ne cherche pas à opérer en quelque manière que ce soit en son « siècle sien », et aussi « subtils » et « pertinents » que soient ses attendus, est parfaitement vaine et stérile - en un mot : in-signifiante (ce que sont probablement tous les ouvrages qui se publient aujourd'hui sur ces questions : non par manque de lucidité, mais par absence rédhibitoire de courage - « intellectuel » et autre -, cette qualité en laquelle Hölderlin voyait la vertu cardinale des poètes). Le lecteur qui se risque à ouvrir un tel livre doit donc, dès son entrée en « ces pages sombres et pleines de poison », abandonner toute espérance d'y retrouver les habituelles catégories de pensée par lesquelles une époque s'essaye à conjurer ses très « modernes » démons - quoique ces efforts soient condamnés à demeurer vains dans la mesure où ces « démons » ne sont jamais justement, par cette époque même, clairement et proprement nommés -; en ce sens aussi, une partie de la séduction que peut inspirer ce livre à ses lecteurs réside en le fait que ceux-ci, et avant même l'exposé d'une « philosophie » voire le déroulé d'une « écriture », y sont d'abord conviés à un dépaysement radical - tant dans l'ordre de la pensée en général que dans celui de la saisie qu'ils font de leur monde en particulier.

  • Ce Secret de la domination, onzième tome de L'Europe et la Profondeur, est peut-être le plus étonnant de tous les volumes du "grand récit" de Pierre Le Coz : pour ce que faisant cohabiter dans l'espace scipturaire d'un même livre une analyse en forme théologico-critique de la présente "Situation de l'Europe" - notamment face au processus récent et massif de l'implantation d'une religion nouvelle sur son continent - avec l'écriture d'un "grand roman époqual-autobiographique" - "Soldat et jeune fille souriant" - où l'auteur, revenant en une forme comme "auto-fictionnelle" sur la période située à la transition des XXe et XXi siècles, essaye de comprendre ce qui, dans le quotidien de celle-ci, a réellement et profondément changé - à savoir : rien de moins que le mode même de l'écoulement du temps - ; et changement qui a probablement constitué le plus grand bouleversement de toute l'histoire récente... dont la suite dès lors - ce que nous vivons aujourd'hui très pratiquement (et, pour l'immense majorité d'entre nous, très douloureusement) - ne peut plus être que le développement "philosophique"... toujours plus désastreux. Ce mouvement de retour au genre romanesque illustré par un ouvrage qui, depuis dux tomes, se présentait comme un "essai" disant bien, par ce bouleversement radical qui ne dit pas son nom, dans quelle urgence nous sommes entrés.

    Ainsi la rédaction de cette Profondeur - successivement présentée, dans le cours de sa publication, comme, selon, un "manuel de survie au temps du nihilisme achevé", ou une "nouvelle aventure arrivée au sens" - vient ici pour ce qu'elle était en réalité depuis sond ébut : rien de moins que la tentative, par un scripteur "à peine identifié sous le nom de" (peu importe qui', de dire la vérité du mouvement réel à l'oeuvre dans l'histoire d'un temps - le nôtre - ; et vérité d'autant plus enfouie et inouïe que ce temps, se qualifiant lui-même de "post-historique", se flatte volontiers de ne plus en avoir.

    Illusion en forme d'auto-satisfecit époqual que la simple lecture de ce Secret fera voler en éclats : pour ce que les diverses analyses de notre temps et de son actualité, la plus sanglante ou la plus futile - voire, dans sa troisième partie, la plus licencieuse - proposées par cet ouvrage vont toutes dans le sens d'un évident "retour-de"... cette même histoire.

  • La saison spirituelle pourrait être la chronique d'un être solitaire dans Paris. La saison spirituelle pourrait être la chronique d'un être solitaire dans Paris. Le narrateur marche, rêve, écrit, se souvient. Elle est d'abord une méditation poétique, l'approfondissement jusqu'au vertige de certains instants de lenteur et de beauté, suspendus au-dessus d'un cours commun des vies et des apparences. A mesure que la saison va vers sa fin, le narrateur comprend que seule l'écriture peut lui permettre de correspondre à cet écoulement mortel, inexorable des heures : la ville alors, tour à tour grondante et silencieuse, décevante et merveilleuse, lui apparaît comme le cristallisé de son passé - comme le manuscrit qu'il rédige le sillage de tant de jours à errer au long des rues, « sans rien espérer, sans attendre personne.»

    Pierre Le Coz est né en 1954 dans le Finistère. Il est l'auteur de récits de voyage : Plein sud (Arléa, 2001) La trilogie Sud-marocaine (Le Laquet, 1999-2002) Il a déjà publié Finistère, Le royaume d'occident aux Éditions La Part Commune. Il vit actuellement en Dordogne.

  • Entre poésie et géographie, l'auteur nous propose un itinéraire en Finistère, le plus occidental des départements français, royaume de vagues et de nuages après lequel commence un océan sans limite. C'est cette impression de séjourner sur le bord du monde qui confère sa tonalité au texte de Pierre Le Coz, tout à la fois récit, mémoire, poème ; c'est elle aussi qui, génération après génération, forge l'âme des habitants de ce cap avancé, depuis toujours exposés à la puissance de l'élément comme aux sortilèges de l'imaginaire.

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